Église décanale Saint-Louis de Sète.
L’Église décanale Saint-Louis de Sète, située au cœur du vieux Sète et du Quartier Haut, est un joyau de l’architecture et de l’histoire religieuse de la ville. Construite entre 1700 et 1703 sur les plans de l’architecte Augustin-Charles Daviler, architecte des États de Languedoc formé à Rome puis dans l’agence des Bâtiments du Roi de Jules Hardouin-Mansart, elle fut bénie le 24 octobre 1700 par Monseigneur Louis Charles Arnaud Fouquet de Vaux, évêque d’Agde et seigneur de l’île de Sète. Le premier office y fut célébré le 18 juillet 1703 et l’inauguration eut lieu le 6 août 1703, en présence de l’intendant de Languedoc. La date de 1702, peinte au sommet de la voûte au milieu de la nef, explique que de nombreuses sources retiennent cette année, et la notice des Monuments historiques mentionne pour sa part une fourchette de 1702 à 1712 qui correspond aux travaux d’achèvement.
L’église St-Louis est la plus ancienne et la principale église de la ville. Le terme « décanale » désigne l’église du curé doyen, celui qui préside le doyenné. Elle présente une architecture classique avec des influences locales, caractérisée par une nef unique sans bas-côtés dont les chapelles latérales ne communiquent pas entre elles, un transept à peine marqué par les deux grandes chapelles de la Vierge et de Saint Joseph, et un chœur profond fermé à l’origine. L’intérieur est orné de marbres polychromes et de stucs typiques du XVIIIe siècle, avec un retable principal représentant Saint Louis porté au ciel par des anges, où l’on distingue Sète vue de la mer par mauvais temps. La façade est marquée par une simplicité due aux restrictions financières de l’époque, Daviler ayant prévu un décor sculpté et deux obélisques qui ne furent jamais réalisés, mais elle conserve les proportions soigneusement calculées par l’architecte.
L’église présente une orientation inversée, sa façade d’entrée étant tournée vers l’est. Deux explications sont avancées : les contraintes du terrain sur les pentes du Mont Saint-Clair, et une intention symbolique, l’universitaire Thierry Verdier parlant d’une « église phare » tournée vers la mer pour manifester la puissance royale dans une province marquée par une forte communauté protestante. Le grand perron débordant qui forme promontoire date des années 1742-1751 et est l’œuvre de l’ingénieur militaire Georges Baptiste Dasté ; les escaliers latéraux actuels ont été posés sous le Premier Empire et le perron prit son aspect définitif en 1830.
La statue de la Vierge « Regina Maris », haute de sept mètres, œuvre en cuivre du Lodévois Benjamin Cusson, a été installée sur la terrasse du clocher en 1869 à l’initiative du chanoine Henri Gaffino, curé doyen de Sète. Dorée à l’origine, elle a perdu son éclat sous l’effet du vent et des embruns et symbolise la protection des marins et pêcheurs. L’étude paroissiale la désigne sous le nom de Notre-Dame des Mers, ou Stella Maris. Le même chanoine Gaffino fit consacrer la chapelle Notre-Dame de la Salette au sommet de la colline. L’édifice a également servi de lieu de sépulture au XVIIIe siècle, des centaines de Sétois ayant été inhumés dans les caveaux situés sous les chapelles.
Devenue « Temple de la Raison » pendant la Révolution, l’église a servi de refuge. Le poète Paul Valéry, qui repose au cimetière marin, y a été baptisé, et le peintre Pierre Soulages s’y est marié. En octobre 2024, les travaux de restauration ont mis au jour des graffiti du XVIIIe siècle liés à la vie des marins sétois, étudiés par le Service Archéologie Préventive de Sète Agglopôle Méditerranée.
L’Église décanale Saint-Louis joue un rôle central dans la vie religieuse et publique de Sète, accueillant les grands événements locaux, comme la Saint-Pierre, fête des pêcheurs, et la Saint-Louis. Classée monument historique en totalité par arrêté du 9 mars 1989, elle abrite plusieurs objets classés, dont le maître-autel et son retable, deux autels latéraux et l’orgue Moitessier de 1843, classé quant à lui depuis le 15 janvier 1975 et restauré entre 2022 et 2026. Pour l’histoire complète de l’édifice, son chantier mouvementé et son architecture, voir notre dossier sur l’église décanale Saint-Louis de Sète.


