Il aura suffi de gratter quelques centimètres. En préparation du réaménagement de la place de la Libération, le service archéologie de Sète agglopôle a mené un diagnostic dans le centre de Loupian, et il en est sorti des vestiges bien conservés, dont le rempart médiéval du village. Il dormait juste sous le parvis actuel de la mairie, au pied de la chapelle Saint-Hippolyte. Les investigations continuent en laboratoire pour préciser la datation.
Le principe est simple : avant d’ouvrir un chantier dans un centre ancien, on regarde ce qu’il y a dessous. C’est ce qu’a fait le service archéologie de l’agglomération sur la place de la Libération, et le résultat dépasse la formalité administrative. Les archéologues n’ont pas eu à creuser profond, ce qui en dit long sur la façon dont le village s’est empilé sur lui-même : les niveaux médiévaux affleurent presque sous le revêtement.
Le mot de datation compte ici. Les vestiges sont là, visibles, mais leur âge précis reste à établir en laboratoire. Le rempart qui ceinture le centre ancien de Loupian est traditionnellement rattaché au XIVe siècle, et plusieurs portions en sont restées visibles en surface, du côté de la porte du Cailis et du jardin dit du rempart. Reste à savoir si ce que la tranchée vient de livrer appartient à cette même campagne ou à un état antérieur. Notre page sur Loupian, village d’art et de mémoire romaine replace le village dans cette épaisseur de temps.
Pour comprendre pourquoi un rempart se trouve exactement là, il faut savoir une chose que beaucoup de Loupianais connaissent et que les visiteurs ignorent : l’hôtel de ville occupe l’ancien château seigneurial. Et la chapelle Saint-Hippolyte, romane, bâtie dans la seconde moitié du XIIe siècle, en était la chapelle castrale. Le château, la chapelle et la muraille formaient un même ensemble défensif. Creuser devant la mairie, c’est donc creuser dans le castrum.
Loupian apparaît d’ailleurs dès 990 dans les textes sous la forme Lupianum villa, castrum cum manso Poio. Un castrum, autrement dit un village fortifié, mille ans avant le parvis en béton. Au XIVe siècle, la chapelle a elle-même été intégrée au système de défense : on l’a surmontée d’une tour et couronnée de fortifications sur le chevet. Elle est classée au titre des monuments historiques depuis 1923.

Sur les images du chantier, on distingue un sol dallé aux dalles régulières encore jointives, des arases de murs qui dessinent des angles nets, et une maçonnerie appareillée dégagée sur plusieurs assises en bordure de tranchée. Le tout à quelques mètres du chevet de la chapelle, dont les créneaux sont toujours en place au-dessus du sol. La partie défensive visible depuis la place et celle qui vient de sortir de terre appartiennent au même village fortifié, l’une debout, l’autre couchée.
Ce n’est pas la première fois que la place de la Libération raconte quelque chose : les vestiges du tineiral, ces anciennes cuves à vin creusées dans le sous-sol du village, y sont déjà lisibles au bas d’une façade. La vigne et la défense, les deux affaires sérieuses de Loupian, se croisent sur le même carré de terre.
Loupian a cette particularité de concentrer, dans un périmètre de village, ce que d’autres communes étalent sur des kilomètres. Au sud, la villa gallo-romaine et ses mosaïques du IVe siècle, restées à leur emplacement d’origine et classées monuments historiques, visibles au musée de site. À quelques centaines de mètres, les vestiges d’une grande église paléochrétienne avec sa cuve baptismale hexagonale, et l’église Sainte-Cécile, gothique, du XIVe siècle, classée en 1949. Dans le centre, les maisons vigneronnes, les façades Renaissance de la rue de la Brèche et de la rue des Remparts, et la chapelle romane.
Le fil qui relie tout cela passe par la route : le village se tient à portée de la Via Domitia, la voie romaine qui structurait déjà ce couloir entre lagune et garrigue. On s’y est installé parce qu’on y passait, et on y est resté.
Les prélèvements et les analyses diront à quelle période rattacher précisément ces maçonneries, et ce que le sous-sol du parvis conserve encore. C’est aussi de cela que dépendra la façon dont le réaménagement de la place composera avec ce qui a été trouvé, une équation que connaissent bien les communes du bassin dès qu’elles ouvrent une tranchée dans un centre ancien.
En attendant, la chapelle Saint-Hippolyte se visite pendant l’été, quand la commune y installe expositions et concerts, et le service culture de la mairie renseigne le reste de l’année. Du côté de la villa, des visites guidées avec un médiateur permettent de comprendre le domaine antique dans le détail. L’équipe d’Ici7 suivra les conclusions du diagnostic : quand une commune de 2 000 habitants retrouve son rempart sous un parvis, c’est un morceau de l’histoire du bassin de Thau qui se précise.
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