Une route impériale traverse le bassin de Thau
Bien avant les routes départementales et l’autoroute A9, un axe romain structurait déjà les déplacements entre l’Italie et l’Espagne : la Via Domitia. Construite à partir de 118 av. J.-C. sous l’impulsion du proconsul Cneius Domitius Ahenobarbus, elle longeait le littoral méditerranéen et traversait ce qui deviendrait, des siècles plus tard, le territoire du bassin de Thau. Loin d’être un simple souvenir de manuel scolaire, cette voie a laissé une empreinte concrète dans le sol et les paysages de Montbazin et de Loupian, deux communes qui conservent chacune à leur manière la mémoire de ce passage antique.
Montbazin et le Forum Domitii, une étape antique bien réelle
À Montbazin, l’histoire ne relève pas de la légende. Le village occupe l’emplacement du Forum Domitii, une agglomération routière datée de 117 av. J.-C., née précisément de la présence de la Via Domitia. Les fouilles archéologiques menées sur place ont mis au jour plusieurs fours de potiers antiques, où l’on cuisait amphores et tuiles destinées à approvisionner les voyageurs et les domaines agricoles environnants. Ce passé se lit encore aujourd’hui dans le sous-sol et les pierres du village, niché entre les collines de la Moure et la lagune de Thau. Montbazin n’a jamais cessé d’occuper cette position stratégique au cœur du Languedoc, un carrefour hérité directement de la route romaine.
Loupian, sur le tracé de la voie Domitienne
Un peu plus à l’est, Loupian conserve elle aussi des traces tangibles de cette période. Le site gallo-romain de Marinesque, aux abords du village, est traversé par un authentique tronçon de la voie Domitienne, aujourd’hui intégré à un sentier de randonnée. C’est également à cette époque que se développe, sur le territoire de Loupian, le grand domaine agricole viticole que l’on visite aujourd’hui au Musée Villa Gallo-Romaine : fondé au Ier siècle avant notre ère et actif jusqu’au Ve siècle après J.-C., ce domaine profitait du réseau de circulation ouvert par la Via Domitia comme de la lagune toute proche pour exporter sa production, vin et huîtres compris, jusqu’à Rome. La voie romaine et l’étang de Thau ont ainsi longtemps fonctionné de concert, reliant ce territoire au reste du monde méditerranéen.
Marcher aujourd’hui sur les traces de la voie romaine
La bonne nouvelle, c’est que ce passé antique ne se limite pas aux musées : il se parcourt à pied. Depuis le centre Nelson Mandela de Loupian, une boucle de randonnée de 11 kilomètres relie Marinesque à Cambelliès en empruntant justement ce tronçon de la voie Domitienne, avant de s’enfoncer dans la garrigue des collines de la Moure et de longer le lac de Cambelliès. Un vrai voyage dans le temps à ciel ouvert, labellisé par la Fédération Française de Randonnée, et accessible en partie aux personnes à mobilité réduite grâce à une joëlette mise à disposition sur place. De quoi comprendre, mieux qu’à travers n’importe quel texte, pourquoi les Romains avaient choisi cet endroit précis pour installer leur route.
Faire vivre l’Antiquité, du musée au jardin
Pour prolonger la découverte, plusieurs rendez-vous et lieux permettent de plonger plus profondément dans cette période. Chaque été, les Augustales transforment le site de la villa gallo-romaine en véritable machine à remonter le temps, avec campements celtes et romains, artisanat antique et démonstrations d’archéologie expérimentale, le temps d’un week-end gratuit et familial. À Bouzigues, le Musée de l’Étang de Thau éclaire, sous un autre angle, cette relation ancienne entre les hommes et la lagune que la Via Domitia longeait déjà. Et pour les amateurs de botanique antique, le Jardin Antique Méditerranéen de Balaruc-les-Bains reconstitue, à sa manière, les usages des plantes du Ier siècle avant notre ère au IIIe siècle, un bel écho végétal à l’histoire de la région traversée par la voie romaine.
À Loupian toujours, l’Église Sainte-Cécile, construite bien plus tard au XIVe siècle, rappelle que ce territoire n’a jamais cessé d’être un point de passage : elle s’élève à l’emplacement d’une église paléochrétienne plus ancienne, en bordure du camin romieu, cet autre chemin historique qui menait les pèlerins vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Comme si, entre voie romaine et chemin de pèlerinage, ce coin du bassin de Thau avait toujours su faire circuler les voyageurs.





