Un siècle et demi de costumes retrouvés dans une remise
Tout part d’une découverte. Dans les années 2000, Jacques Vié, tailleur et commerçant bien connu des Sétois, ouvre la remise de la boutique familiale, en activité depuis 1893. Il y trouve des costumes de jouteurs empilés là depuis des décennies, dont un daté de 1893. S’ensuit un long travail de datation, pièce par pièce, à partir de photographies et, pour les périodes antérieures à la photographie, de croquis dessinés à la main. L’exposition présente le résultat de ce travail au musée de la Mer, en accès libre.
Ce que les coutures racontent
Les tenues blanches des jouteurs ne sont pas qu’un uniforme. Une couture, un choix de boutons, et l’on sait à quel rang appartenait celui qui la portait : telle veste allait à un jouteur, pas à un autre. Chaque pièce date aussi son époque. Un costume de 1893 parle du Sète de 1893 ; un smoking de 1900 renvoie aux queues-de-pie et aux chapeaux haut-de-forme, du temps où les Sétois lançaient des défis aux notables et où ceux-ci, en tombant, perdaient chapeau et montre à gousset dans le canal. Jacques Vié résume la collection d’une formule : « on voit défiler la vie de la cité ».
Le trou de 1939 à 1945
Le visiteur attentif remarquera une absence. Aucun costume ne date des années de guerre, parce que la Saint-Louis n’a pas eu lieu et que les hommes étaient au front. À la reprise des joutes, les jouteurs ressortent leurs tenues des années 1930, avec un décalage visible par rapport à la mode du moment. Ce vide dans la garde-robe en dit autant que les pièces exposées.
Le piano de Désiré Servel
Au-delà des costumes, la collection réserve quelques objets inattendus. Le plus remarqué est le piano de Désiré Servel, celui sur lequel il composa l’hymne de la ville, Chagrin, chagrin, fay ta malla, présenté avec la partition. Jacques Vié les a rachetés aux filles du compositeur. S’y ajoutent des chemises, des patrons et des projets de vestes, comme dans une maison de couture. Ces vêtements n’avaient rien de précieux à l’origine : les jouteurs les jetaient après une saison, ce qui rend leur conservation d’autant plus improbable.




