À une trentaine de kilomètres de Montpellier, entre les collines de la Moure et les rives de la lagune de Thau, Villeveyrac s’étend au cœur d’un bassin viticole que la garrigue enserre de toutes parts. Le village s’épanouit dans un environnement propice aux balades et aux randonnées, ponctué de capitelles, de sentiers ombragés et de panoramas ouverts sur l’étang. Terre de vignes et de cultures maraîchères, il sait prendre son temps et invite à en faire autant. Mais c’est un monument qui a forgé sa renommée bien au-delà de ses frontières : l’abbaye cistercienne de Valmagne, surnommée la « cathédrale des vignes », l’un des monuments les plus emblématiques d’Occitanie, qui attire chaque année des visiteurs venus de toute l’Europe.
Une histoire née de l’abbaye
L’histoire de Villeveyrac commence bien avant le village actuel. Le premier site d’occupation se trouvait un peu plus au sud, autour du domaine de Veyrac, au lieu-dit « Le Grand Cimetière », où subsistent encore des vestiges de tombes wisigothiques. Doté d’une source, ce site a connu une présence humaine continue du Néolithique aux Romains, puis tout au long du Moyen Âge, avant d’être progressivement délaissé au profit de l’emplacement actuel. La première trace écrite remonte à 990 : dans son testament, Guillaume Ier de Béziers lègue à sa fille Garsinde la « Villa Vairago », ses terres et son église.
Le tournant décisif intervient au XIIe siècle avec la fondation, en 1138, de l’abbaye de Valmagne, rattachée à l’ordre cistercien de Cîteaux en 1145. La commune, autrefois appelée Villemagne, dépendait directement de l’abbaye et de son abbé, alors seigneur du village. Ce sont d’ailleurs ces moines cisterciens qui, par leur influence et la gestion de leur domaine, seraient à l’origine de la création du village actuel, façonnant durablement le paysage agricole et viticole environnant. Cet héritage se prolonge dans les traditions vivantes du village, à l’image du Veydrac, l’animal totémique qui sort lors du carnaval et de la fête locale, à la manière de plusieurs communes héraultaises.
L’abbaye de Valmagne, la cathédrale des vignes
Quand on franchit le portail de Valmagne, le temps bascule d’un coup. On se retrouve dans l’un des plus beaux exemples d’architecture cistercienne conservés en France, un ensemble monastique classé Monument Historique depuis 1947. L’église abbatiale saisit dès l’entrée : sa nef majestueuse s’élève sur sept travées qui ouvrent sur neuf chapelles, déployant cette sobriété caractéristique de l’art cistercien qui rejetait toute décoration jugée superflue. Les moines recherchaient la lumière pure et l’espace dépouillé propice à la méditation.
Mais le spectacle le plus étonnant se découvre au cœur de la nef : dix-huit foudres géants en chêne de Russie transforment l’église en chai viticole. Cette métamorphose remonte à la Révolution, lorsqu’un viticulteur sauva l’édifice de la démolition en le convertissant en cave plutôt qu’en carrière de pierres. De ce sauvetage naquit le surnom poétique de la « cathédrale des vignes », mariage improbable et magnifique entre spiritualité médiévale et savoir-faire viticole. La visite dévoile neuf siècles d’histoire concentrés en quelques bâtiments : le cloître au charme florentin, la salle capitulaire et sa voûte en anse de panier, la fontaine, l’une des rares conservées dans une abbaye cistercienne, le jardin de simples et le conservatoire de cépages. Le domaine produit des vins bio et biodynamiques depuis plus de vingt ans, que l’on déguste au caveau après la visite. L’abbaye ne se contente pas de se visiter : elle vit au fil des saisons, du Marché de Printemps aux journées gourmandes, jusqu’au Marché de Noël qui investit ses voûtes séculaires à l’approche des fêtes.
Un terroir de vignes et de maraîchage
Villeveyrac doit sa réputation au savoir-faire de ses producteurs agricoles. La commune s’épanouit au centre d’une plaine viticole et maraîchère généreuse où la vigne côtoie les cultures maraîchères, où les vergers alignent leurs arbres fruitiers, où la terre rouge et les galets roulés donnent aux vins cette typicité reconnaissable entre toutes. Les vignobles alentour produisent des vins qui bénéficient de l’AOC Languedoc, et plusieurs domaines ponctuent le territoire villeveyracois en ouvrant volontiers leurs portes aux visiteurs. Autour de la cave coopérative de l’Ormarine, sur la route de Montagnac, se rassemble un tissu de vignerons, d’oléiculteurs et de maraîchers attachés à un mode de production raisonné : miel, olives, fromages, fruits et légumes de saison composent un panier local de grande qualité. Parmi ces adresses, le domaine de Roquemale cultive ses vignes en bio et pratique encore les vendanges manuelles, tandis que l’oliveraie du Moulin de la Dentelle entretient la tradition oléicole du village.
Cette identité paysanne se célèbre tout au long de l’année. Chaque lundi de l’été, la place du Marché aux Raisins accueille le Marché des Producteurs, rendez-vous convivial où fruits et légumes, huiles d’olive, tapenades, grillades, charcuteries, coquillages de l’étang de Thau, vins, confitures et miel se dégustent au son d’une programmation musicale. À l’automne, la fête du vin Vino’Veyrac réunit les vignerons du pays autour de dégustations et de planches de tapas, à la cave coopérative. C’est aussi ici, sur la route de Montagnac, que se tient chaque printemps le Salon des Agricultures Méditerranéennes, vitrine de tout un monde agricole.
La nature, du lac de Saint-Farriol aux collines de la Moure
Villeveyrac recèle une nature généreuse et préservée : lac de Saint-Farriol, garrigue parfumée, capitelles ancestrales, sites Natura 2000 et chemins propices à la randonnée comme au vélo. Le joyau caché du secteur est le lac de Saint-Farriol, dont les eaux turquoise racontent une histoire de reconversion fascinante. Cette étendue émeraude était autrefois une mine de bauxite exploitée à ciel ouvert. Une fois l’exploitation abandonnée, une nappe aquifère généreuse a transformé ce passé industriel en oasis verdoyante : le plan d’eau irrigue aujourd’hui près de mille hectares de cultures. Ses berges sauvages, ombragées de pins d’Alep et ponctuées de capitelles du XIXe siècle, invitent à la contemplation. La baignade y est interdite afin de préserver cet écosystème fragile.
C’est autour de ce site que serpente la Balade des Gueules Rouges, sentier inauguré au printemps 2025 au départ de Villeveyrac. Le nom rend hommage aux mineurs de bauxite d’autrefois, les « gueules rouges ». À travers la garrigue odorante des collines de la Moure, le parcours révèle vignobles dorés, pinèdes, murets de pierres sèches et points de vue plongeants sur le lac, la plaine villeveyracoise et la lagune de Thau que l’on aperçoit au loin avec Sète et son mont Saint-Clair. Ce sentier a été le premier de l’Hérault à bénéficier d’une joëlette, ce fauteuil tout-terrain confié à l’association locale du Mas Troquet, offrant aux personnes à mobilité réduite un parcours adapté d’environ 3,3 kilomètres. L’itinéraire a reçu la labellisation nationale « Sentiers de nature », et un second sentier au départ de Loupian est venu compléter l’offre, comme le raconte notre article sur les nouveaux sentiers des collines de la Moure.
Un village qui vit toute l’année
Derrière son calme apparent, Villeveyrac cultive une vie associative et festive dense. La veille du 14 juillet, le village célèbre la Fête Nationale avec apéritif républicain, bal populaire et feu d’artifice, tandis qu’à la mi-août la grande Fête Locale, préparée durant des mois par le Comité des Fêtes Villamande et ses bénévoles, anime quatre journées de concerts, repas et spectacles au cœur de l’été. L’agenda des événements de Villeveyrac égrène ainsi les rendez-vous, de la fête du Genêt à celle de la truffe, en passant par les vide-greniers et braderies qui rythment l’année.
Côté culture, la Salle Marcel Peysson, équipement polyvalent du village, accueille concerts, lotos, soirées et spectacles associatifs comme privés. Pour ne rien manquer de la programmation, l’agenda des spectacles à Villeveyrac réunit théâtre, concerts et animations familiales de la commune et de ses voisines du Bassin de Thau. Entre héritage cistercien, terroir vivant et garrigue préservée, Villeveyrac se découvre à un rythme paisible, celui d’un village qui n’a jamais oublié d’où il vient.
Où manger et comment venir
Pour prolonger la découverte de la « cathédrale des vignes », l’abbaye de Valmagne abrite son propre restaurant vigneron, une table installée au domaine où les vins de l’abbaye accompagnent le repas au milieu des vignes. Une adresse toute trouvée pour conclure la visite du monument par une pause gourmande.
Pour rejoindre le village sans voiture, Villeveyrac est desservi par les lignes de bus du territoire, avec plusieurs arrêts répartis dans la commune : Mairie, La Coste et Route de Paulhan. De quoi venir flâner au marché ou partir sur la Balade des Gueules Rouges depuis les communes voisines du Bassin de Thau.







