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Sète, l'île singulière : port, canaux, joutes et poètes

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Amarrée entre la mer Méditerranée et la lagune de Thau, Sète ne ressemble à aucune autre ville du littoral languedocien. On la surnomme l’île singulière, et aussi la Venise du Languedoc, car ses quartiers se glissent entre des canaux où glissent barques et bateaux de pêche. Née de la volonté d’un roi, façonnée par les vagues d’immigration italienne, portée par ses jouteurs, ses pêcheurs et ses poètes, Sète cultive une identité maritime forte et joyeuse. Cette fiche encyclopédique vous propose de comprendre comment ce simple promontoire rocheux est devenu un port florissant, et pourquoi tant d’artistes en ont fait leur horizon.

Une ville née de la mer : la fondation du port

L’histoire de Sète est indissociable de celle du canal du Midi, l’un des chantiers les plus ambitieux du règne de Louis XIV. On doit ce rêve à Pierre-Paul Riquet : relier l’Atlantique à la Méditerranée par l’intérieur des terres, un projet porté aux oreilles du Roi Soleil grâce à Jean-Baptiste Colbert. Mais pour que le canal trouve sa vocation maritime, il lui fallait un débouché sur la mer. Après avoir écarté Toulon, Marseille, Aigues-Mortes et Narbonne, le choix du chevalier de Clerville se porta sur la création d’un port neuf au pied du mont Saint-Clair, protégé du mistral et offrant un mouillage naturel.

Le 29 juillet 1666, François de Bosquet, évêque de Montpellier, pose la première pierre. La construction commence par le môle Saint-Louis, une jetée longue de 650 mètres qui protège l’entrée du vieux port. La pierre vient des carrières du Souras, sur les pentes du mont, et les populations voisines affluent depuis Bouzigues, Mèze, Frontignan et Marseillan pour travailler sur les chantiers. En 1669, Riquet reprend les travaux et fait bâtir maisons, écuries et entrepôts, favorisant l’essor de la pêche et du commerce. À partir de 1807, après un hiver rigoureux qui gèle une grande partie du vignoble français, Sète devient une étape majeure sur la route des vins languedociens. Un détail savoureux pour finir : jusqu’en 1927, le nom de la ville s’écrivait Cette, orthographe héritée d’une toponymie locale très ancienne.

Premier port de pêche de Méditerranée française

Ce que Louis XIV ignorait en 1666, c’est que Sète deviendrait le premier port de pêche de la façade méditerranéenne, une place qu’elle occupe toujours. Le vieux bassin, abrité par le môle, accueille depuis toujours les bateaux de pêche, et le retour quotidien des chalutiers, chaque après-midi, reste l’un des grands spectacles de la ville. Loups, daurades, muges, palourdes et oursins alimentent une criée qui fut, dès 1967, la première d’Europe à être informatisée. Aujourd’hui, elle vend environ 2 200 tonnes de poisson par an, et une flotte de thoniers senneurs capture une part importante du quota français de thon rouge au large de Malte et des Baléares.

Ce savoir-faire doit beaucoup à l’immigration. Dès le milieu du XIXe siècle, des pêcheurs italiens venus de Gênes, de Naples et surtout de Cetara, en Campanie, s’installent à Sète et apportent leurs techniques de pêche au thon et à l’anchois. Les Sétois s’adaptent vite. Pour comprendre cette épopée, le Musée de la Mer retrace l’histoire du port avec une collection unique de maquettes de bateaux classée Monument Historique. Et pour sentir la pêche à vif, rien ne vaut une flânerie dans le quartier de la Marine, le long des quais où le poisson servi dans l’assiette a souvent été débarqué le jour même.

Les canaux et l’âme des quartiers

Si Sète est une île, c’est parce que ses canaux la traversent de part en part, reliant la mer à la lagune de Thau, franchis par une série de ponts qui rythment la promenade. Chaque quartier possède son caractère. Le Quartier Haut, le plus ancien de la ville, surnommé le Petit Naples, doit son atmosphère aux immigrants napolitains venus bâtir le port. Ses ruelles pentues bordées de maisons étroites et colorées, ses ateliers d’artistes et ses terrasses en font un concentré de dolce vita méditerranéenne, dominant la mer depuis la Grande Rue Haute, la toute première rue de Sète.

À l’opposé, en bordure de l’étang, le quartier de la Pointe Courte est un véritable village de pêcheurs dans la ville. Né au milieu du XIXe siècle du remblaiement lié à l’arrivée du chemin de fer, il aligne ses cabanons, ses filets qui sèchent et ses ruelles où l’on croise encore les pointus, ses habitants. La cinéaste Agnès Varda y a tourné son premier film, immortalisant l’âme du lieu. Entre les deux, le quartier de la Marine concentre restaurants de coquillages et ambiance portuaire, tandis que l’ensemble de la ville se pare chaque été de fresques monumentales grâce au festival de street art qui la transforme en musée à ciel ouvert.

Les joutes languedociennes, une tradition vivante

Aucun rendez-vous n’incarne mieux l’identité sétoise que les joutes languedociennes. Sur l’eau des canaux, deux barques se croisent, tractées, et chaque jouteur, juché sur la tintaine et la poitrine protégée par un pavois (bouclier), tente de faire tomber son adversaire à l’aide d’une longue lance de bois. Le tournoi est précédé d’un défilé solennel : tous les jouteurs vêtus de blanc, coiffés du canotier, accompagnés du hautbois et du tambour. Ce sport séculaire, remontant à l’époque médiévale, se pratique surtout au Cadre Royal, sur le quai de la Résistance.

Les grandes joutes rythment l’été et culminent lors des fêtes de la Saint-Louis, en août. Attention à ne pas confondre les deux fêtes emblématiques de la ville : la Saint-Louis rend hommage au roi Louis IX, fondateur du port, tandis que la Saint-Pierre célèbre le saint patron des marins et des pêcheurs par une émouvante procession maritime au départ du vieux port. Patrimoine vivant, les joutes fédèrent élus, sociétés et milliers de spectateurs, et se retrouvent aussi dans les communes voisines du bassin de Thau, à Frontignan, Balaruc-les-Bains ou Mèze.

Brassens, Valéry : la ville des poètes

Sète a donné à la France deux figures majeures, unies par un même amour du lieu et un même dernier repos face à l’eau. Georges Brassens (1921-1981), l’anticonformiste aux moustaches, y est né et a révolutionné la chanson française avec plus de deux cents titres où la poésie exigeante côtoie l’argot. On explore sa vie et son œuvre à l’Espace Georges Brassens, musée immersif de 800 m² situé face au cimetière du Py où il repose, non pas sur la plage de la Corniche comme le réclamait, avec malice, sa célèbre Supplique pour être enterré à la plage de Sète, mais dans ce cimetière qui domine l’étang de Thau.

L’autre géant, c’est le poète et penseur Paul Valéry, dont l’œuvre a durablement marqué la ville. Le Musée Paul Valéry, perché au flanc du mont Saint-Clair, réunit près de 4 000 œuvres et surplombe le Cimetière marin. Ce cimetière, en usage depuis environ 1680, fut d’ailleurs rebaptisé en 1945 en hommage au poème de Valéry ; le poète y repose, aux côtés d’autres figures illustres comme le metteur en scène Jean Vilar. La culture vibre aussi en plein air au Théâtre de la Mer, ancien fort Saint-Pierre édifié au XVIIIe siècle pour défendre le port, aujourd’hui scène mythique des grands festivals d’été face aux flots.

Panoramas et saveurs de l’île singulière

Pour saisir Sète d’un seul regard, il faut monter au Mont Saint-Clair. Depuis son belvédère, le panorama embrasse la ville, la Méditerranée, la lagune de Thau, le massif de la Gardiole et le cordon littoral qui sépare la mer de l’étang. En contrebas, le phare Saint-Louis, haut de plus de 33 mètres, guide les marins depuis le môle et porte, gravés dans la pierre, des vers de Valéry. Pour le coucher de soleil, le Site Saint-Pierre, balcon aménagé en terrasses au pied du Théâtre de la Mer, offre l’un des plus beaux points de vue de la promenade, glace ou plateau de coquillages à la main.

Impossible de quitter Sète sans passer à table. La tielle, tourte au poulpe et à la sauce tomate apportée par les immigrants de Gaeta à la fin du XIXe siècle, est devenue l’emblème de la ville. Et la macaronade sétoise, à l’origine à base de viandes mijotées dans une sauce tomate épicée servie avec des pâtes, se décline aussi en versions marines, aux fruits de mer, aux gambas ou aux cigales de mer. Deux plats généreux et conviviaux qui résument, à eux seuls, l’esprit de partage de cette ville où la mer imprègne chaque aspect de la vie.

Question fréquemment posées

Sète est enserrée entre la mer Méditerranée et la lagune de Thau, et traversée de canaux franchis par de nombreux ponts, ce qui lui donne un caractère insulaire unique. Ce surnom, tout comme celui de Venise du Languedoc, célèbre cette géographie où l’eau est partout présente.
Le port de Sète a été fondé en 1666 sur ordre de Louis XIV, pour donner un débouché maritime au canal du Midi. La première pierre du môle Saint-Louis fut posée le 29 juillet 1666. La ville s’est ensuite développée autour de la pêche et du commerce des vins.
Ce sont un sport nautique traditionnel où deux jouteurs, debout sur une tintaine à l’arrière de barques tractées, tentent de se faire tomber à l’eau à l’aide d’une lance, protégés par un pavois. Vêtus de blanc et coiffés du canotier, ils s’affrontent surtout au Cadre Royal, et les grandes joutes culminent lors des fêtes de la Saint-Louis en août.
Sète est la ville natale de Georges Brassens (1921-1981), figure majeure de la chanson française, et le lieu d’inspiration du poète Paul Valéry. On leur rend hommage à l’Espace Georges Brassens et au Musée Paul Valéry ; Valéry repose au Cimetière marin, rebaptisé en 1945 en écho à son célèbre poème.

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