Un site méconnu, entre bancs de sable et eaux calmes
Au cœur de la lagune de Thau, un long ruban de bancs de sable s’étire sur environ 5 kilomètres. C’est ce que les habitants et les gestionnaires appellent les Tocs, à proximité du site voisin des Salins de Villeroy. Le site est classé Zone de Réglementation Écologique (ZRE), l’une des premières installées sur la façade méditerranéenne, et s’inscrit dans le site Natura 2000 de la lagune et du lido de Thau. À la fois terrestre et sous-marin, ce paysage discret, loin des plages fréquentées, joue un rôle écologique de tout premier plan pour le bassin.
Un refuge exceptionnel pour les sternes et les avocettes
Chaque printemps, à partir du mois de mai, des laro-limicoles revenus d’hivernage en Afrique choisissent les Tocs pour nicher à même le sable. On y trouve la Sterne pierregarin, la Sterne naine, l’Avocette élégante et, depuis 2025, la Sterne hansel, l’une des sternes les plus menacées d’Europe. La saison 2026 restera comme un record : plus de 600 nids ont été recensés, répartis en quatre colonies, dont une installée hors de la zone de protection centrale, près du Pont-Levis. La colonie de Sternes naines des Tocs est aujourd’hui la plus importante de toute la façade méditerranéenne française, avec près de 15 % des effectifs méditerranéens français. Celle de Sternes hansel, apparue en 2025, a triplé en un an et représente désormais environ 10 % des effectifs français, sur seulement quatre sites occupés en France par cette espèce.
Un balisage écologique et une réglementation stricte
Pour protéger ces colonies fragiles, un balisage nautique a été installé en 2025 : treize bouées jaunes à ancrage écologique, disposées tous les 500 mètres le long des cinq kilomètres du site, remplacent les panneaux temporaires posés jusque-là sur les bancs de sable. La navigation et l’accostage sont interdits à proximité des nids jusqu’au mois d’août, et le mouillage y est strictement interdit toute l’année. Le suivi et la protection des colonies sont assurés par le Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT) et le Conservatoire d’espaces naturels d’Occitanie, coordinateur du programme LariMed à l’échelle de toute la façade méditerranéenne française, avec l’appui de la Préfecture de l’Hérault et la surveillance de l’Unité littorale des affaires maritimes.
Cohabiter avec les usages de la lagune
Les Tocs ne sont pas un site isolé : ils interagissent tout au long de la saison de reproduction avec les Salins du Lido, l’autre grand site ornithologique du bassin, et avec les plages du lido de Thau côté sétois, où nichent aussi gravelots et sternes. Un stage d’étude, co-encadré en 2026 par le SMBT et le Muséum national d’Histoire naturelle, cherche justement à mieux comprendre la cohabitation entre les oiseaux et les usages de loisirs sur zone, qu’il s’agisse de navigation ou de pêche dans l’étang de Thau. Pour les curieux souhaitant suivre en temps réel les secteurs sensibles, un outil cartographique, la « Météo des oiseaux », signale par un code couleur les zones où la nidification est avérée.
Nacres de Thau : un autre trésor fragile, ailleurs dans la lagune
La lagune de Thau abrite un second trésor de biodiversité, bien distinct des Tocs : la grande nacre (Pinna nobilis), le plus grand coquillage de Méditerranée, pouvant atteindre un mètre de hauteur. Décimée par un parasite à l’échelle de toute la Méditerranée, l’espèce se maintient et se reproduit encore naturellement dans la lagune, avec une population estimée à plus de 100 000 individus. Ce sont les installations conchylicoles, notamment du côté de Loupian, qui ont révélé le phénomène : de jeunes nacres s’y fixent naturellement. Le SMBT y pilote le projet RECRUE, avec le Comité régional de la conchyliculture de Méditerranée, le Lycée de la mer Paul-Bousquet et la Station marine de Sète, pour collecter ces jeunes individus à des fins scientifiques et de conservation. Les visiteurs peuvent d’ailleurs observer la grande nacre en toute légèreté en snorkeling sur le sentier sous-marin de Mèze, ou découvrir l’histoire de la conchyliculture locale chez un producteur comme Conchy’Thau, ou encore lire l’actualité des coquillages de l’étang de Thau.
Découvrir la lagune sans déranger
Les Tocs eux-mêmes ne se visitent pas : c’est justement leur tranquillité qui garantit le succès des nichées. Mais la lagune offre d’autres façons, respectueuses, d’en approcher la richesse. Le Musée de l’Étang de Thau, à Bouzigues, retrace l’histoire des gens de la lagune et présente sa faune dans des aquariums pédagogiques. L’Office de Tourisme de Mèze renseigne sur les sorties nature et les conditions d’accès aux abords du site. Et pour un tour d’horizon des activités du bassin, entre balades en bateau et découvertes gourmandes, direction les attractions du Bassin de Thau. Jumelles en main, à bonne distance des bouées jaunes, c’est ainsi que l’on profite le mieux des Tocs.







