Le plus grand coquillage de Méditerranée
Dans les eaux calmes de la lagune de Thau, entre Sète et Mèze, vit un mollusque aussi discret qu’impressionnant : la grande nacre, ou Pinna nobilis de son nom scientifique. Ce bivalve est le plus grand coquillage de Méditerranée, capable d’atteindre près d’un mètre de hauteur lorsqu’il se dresse, à la verticale, dans les fonds sableux ou au milieu des herbiers. Endémique de la Méditerranée, il ne se rencontre nulle part ailleurs au monde, ce qui en fait une espèce à la fois emblématique et fragile du patrimoine naturel du bassin de Thau.
Une espèce en danger critique d’extinction
Depuis 2016, la grande nacre est victime d’un parasite qui décime ses populations sur l’ensemble du pourtour méditerranéen. En quelques années, l’espèce a pratiquement disparu de nombreuses côtes, au point d’être aujourd’hui classée en danger critique d’extinction et strictement protégée par la réglementation. Seules quelques lagunes et zones côtières abritent encore des populations viables, formant de véritables sanctuaires pour sa survie. C’est précisément le cas de la lagune de Thau, où l’espèce continue non seulement d’exister, mais aussi de se reproduire naturellement, une situation devenue rare à l’échelle de la Méditerranée.
Thau, un territoire à forte responsabilité
La lagune de Thau héberge encore une population estimée à plus de 100 000 individus, un chiffre qui place le territoire parmi les derniers bastions de l’espèce. Les conditions environnementales de l’étang, un milieu semi-fermé riche en phytoplancton qui favorise aussi la conchyliculture et la mytiliculture locales, permettent à la grande nacre de se maintenir et de se reproduire. Une partie de la lagune bénéficie d’ailleurs du statut d’aire marine protégée, au sein du réseau Natura 2000 évoqué par le label Green Destinations de l’Archipel de Thau, un cadre qui contribue à préserver cette biodiversité remarquable, entre grande nacre, oiseaux lagunaires et herbiers sous-marins.
Le projet RECRUE : une découverte de terrain
Tout est parti d’une observation d’un conchyliculteur de Loupian, qui a repéré de jeunes grandes nacres de quelques centimètres, des « recrues », fixées naturellement sur son matériel d’élevage d’huîtres (pearl nets et lanternes). Cette alerte professionnelle a donné naissance au projet RECRUE, porté par le Syndicat Mixte du Bassin de Thau (SMBT), qui organise désormais la collecte de ces jeunes individus auprès de conchyliculteurs volontaires, sans perturber le milieu naturel. Les recrues récupérées sont stockées sous la table conchylicole du Lycée de la Mer Paul Bousquet, puis transférées en bassin à la Station Marine de Sète de l’Université de Montpellier, où elles sont mises à disposition de projets scientifiques ou de démarches de conservation. Le projet réunit ainsi le Comité Régional de la Conchyliculture de Méditerranée, le Lycée de la Mer, la Station Marine de Sète et la communauté scientifique autour d’un même objectif : mieux comprendre et protéger cette espèce emblématique. En juin 2025, une soirée intitulée « Au bistrot de la grande nacre » a permis, à Loupian, de présenter au grand public l’histoire de ce coquillage et les efforts déployés pour sa sauvegarde.
Un cadre réglementé et une reconnaissance internationale
Le projet RECRUE bénéficie de l’autorisation officielle de la DREAL, garantissant un cadre rigoureux pour la manipulation de cette espèce protégée. Il est aussi soutenu financièrement par France Nature Environnement Occitanie Méditerranée, grâce aux dons collectés dans le cadre de l’opération « Les Super Pouvoirs de l’Océan » diffusée sur France 3. Cette implication a valu à la lagune de Thau une reconnaissance dépassant largement les frontières du territoire : en avril 2026, le SMBT a représenté le bassin de Thau à Venise, lors d’un colloque international réunissant chercheurs et gestionnaires méditerranéens invités par l’UICN Méditerranée, le CAR/ASP, la FAO et l’Université de Rome pour construire une stratégie de gestion de crise face à l’extinction de l’espèce. Seuls trois représentants français ont pris part à cette rencontre, dont une chargée de mission Natura 2000 du SMBT, venue présenter les actions menées sur le territoire et illustrer la cohabitation entre la grande nacre et les activités conchylicoles de Thau.
Voir et comprendre la grande nacre autour de Thau
Pour observer la grande nacre sans la déranger, direction la plage du Taurus à Mèze, où le sentier sous-marin propose un parcours de 250 mètres à explorer masque et tuba, sans brevet de plongée. Cinq stations d’observation jalonnent le trajet et permettent d’apercevoir grande nacre, hippocampe moucheté, blennies et mulets dans leur environnement naturel. À Bouzigues, le Musée de l’Étang de Thau retrace l’histoire de la pêche et de la conchyliculture locales et présente, dans ses aquariums, une partie de la faune de l’étang. Le musée a aussi accueilli des animations comme la journée « Biodiversité marine », conçue pour sensibiliser petits et grands aux espèces qui peuplent les fonds de la lagune. Une promenade en bateau au fil des parcs conchylicoles, comme celle de L’Étoile de Thau IV à Marseillan, ou une pause gourmande chez des producteurs directs comme Huîtres-Bouzigues ou Les Coquillages d’Oc, permettent enfin de mieux saisir ce paysage conchylicole où, discrètement, la grande nacre continue de vivre et de se reproduire.








