La chapelle du château, au cœur du village fortifié
Pour comprendre la chapelle Saint-Hippolyte, il faut regarder ce qu’elle a à côté d’elle. L’hôtel de ville de Loupian occupe les murs de l’ancien château seigneurial, et cette chapelle romane en était la chapelle castrale, celle du seigneur et non celle de la paroisse. Château, chapelle et muraille formaient un même ensemble, au centre d’un village que les textes désignent dès 990 comme un castrum.
Bâtie dans la seconde moitié du XIIe siècle, elle dépendait alors de l’abbaye de Psalmody. Sa façade réemploie des éléments architecturaux plus anciens, une habitude de bâtisseurs qui prenaient ce que la terre leur laissait, et l’appareil de pierre de taille suit l’opus monspeliensis, la mise en œuvre caractéristique de la région montpelliéraine.
Un portail venu de Cordoue
Le détail qui retient l’œil se trouve au portail : un arc festonné, découpé en lobes, surmonté d’un arc outrepassé. Cette forme dérive de l’arc polylobé de l’architecture omeyyade du califat de Cordoue, arrivée en Languedoc par les chemins de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, Loupian se tenant au sud de la voie de Toulouse. Une porte de village héraultais qui cite l’Andalousie musulmane, c’est le genre de raccourci que l’art roman méridional s’autorise volontiers.
À l’intérieur, l’édifice est couvert d’une voûte en berceau unique. Le chœur conserve son originalité : un cul-de-four monté en petits blocs rectangulaires posés en chevron, sous lequel quatre arcs toriques se croisent deux à deux. Les chapiteaux, sobres et feuillagés, comptent parmi les rares exemples de sculpture romane conservés en pays de Thau. Les remaniements successifs se lisent à l’œil nu sur les murs, et ils font partie de l’intérêt du lieu.
Fortifiée au XIVe siècle, classée en 1923
Au XIVe siècle, la chapelle cesse d’être seulement un lieu de culte : on l’intègre au système de défense du village. Une tour la surmonte, des fortifications viennent couronner le chevet. Ce crénelage, toujours en place au-dessus de l’abside, est visible depuis la place et raconte à lui seul comment un village de la lagune se protégeait à la fin du Moyen Âge. L’édifice est classé au titre des monuments historiques depuis le 17 décembre 1923.
Le sous-sol de la place, lui, n’a pas fini de parler : un diagnostic archéologique mené devant la mairie a mis au jour des vestiges du rempart médiéval à quelques centimètres sous le parvis. L’équipe d’Ici7 suit le dossier, dont les conclusions se précisent en laboratoire.
Aujourd’hui, la commune fait vivre la chapelle en y installant chaque année des expositions et des concerts, ce qui reste la façon la plus simple d’en pousser la porte. Pour prolonger la visite du village, l’église Sainte-Cécile, gothique et classée elle aussi, se trouve à quelques centaines de mètres, et le musée de la villa gallo-romaine complète le tableau du côté de l’Antiquité.


