Le bassin de Thau conjugue une lagune emblématique, un littoral urbanisé et un climat méditerranéen déjà marqué par de forts contrastes saisonniers. Face aux scénarios du GIEC, qui anticipent une augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques majeurs sur ce territoire, les collectivités et le Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT) ont construit, année après année, une véritable feuille de route d’adaptation. Elle touche aussi bien la gestion des cours d’eau que la prévention des inondations, la qualité de l’eau de la lagune ou, plus récemment, la question de la salinisation du littoral.
Un climat méditerranéen qui se durcit
Le climat du bassin de Thau se caractérise par sa douceur générale mais aussi par des précipitations mal réparties dans l’année : l’essentiel des pluies tombe en quelques semaines, surtout à l’automne, laissant place à des étés très secs. Selon les scénarios à moyen et long terme repris par le SMBT, cette donne devrait se durcir avec le changement climatique : des épisodes de sécheresse estivale plus fréquents, plus intenses et plus longs, mais aussi des pluies plus abondantes et des tempêtes plus violentes lors des épisodes automnaux, typiques de l’épisode cévenol méditerranéen. Le niveau de la mer Méditerranée a d’ores et déjà augmenté d’environ 20 centimètres en un siècle, une progression qui s’accélère aujourd’hui à entre 3 et 3,5 millimètres par an sur le littoral, à quoi s’ajoute un léger enfoncement des terres entre Frontignan et Marseillan.
Des cours d’eau intermittents sous surveillance
Le bassin versant de Thau est sillonné par 59 cours d’eau, rivières et ruisseaux qui jouent un rôle de filtre naturel et limitent l’intensité des crues. Leur particularité locale : ils sont asséchés une grande partie de l’année, un régime intermittent typique du climat méditerranéen qui impose une gestion spécifique, articulée autour du risque inondation, de la qualité de l’eau et de la biodiversité. Depuis 2014, le SMBT pilote des travaux d’entretien de ces couloirs écologiques (désobstruction du lit, élagage des branches basses, enlèvement des embâcles), complétés depuis 2022 par une vaste étude de terrain sur les deux tiers des cours d’eau du territoire, menée pour mieux comprendre leur régime hydrographique et leur morphologie et préparer un programme de restauration, avec des chantiers de reconquête morphologique notamment sur le ruisseau du Bourbou à Loupian, à la confluence de la Vène et du ruisseau des Barbières à Gigean, ou encore sur le ruisseau de l’Homme mort à Marseillan.
Le SAGE, feuille de route de l’eau à l’échelle du bassin versant
La gestion de l’eau du territoire s’appuie sur un document cadre, le Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) de Thau-Ingril, qui a toujours placé la qualité des eaux pour la conchyliculture et la pêche comme un objectif premier. Son outil phare, les Flux Admissibles Microbiologiques (FAM), fixe des seuils stricts de contamination bactériologique admissible dans la lagune afin de protéger les coquillages, une exigence qui a guidé d’importants investissements dans les réseaux d’assainissement du territoire. Le SAGE est aujourd’hui en cours de révision, une évolution pilotée par la Commission Locale de l’Eau (CLE), qui rassemble élus, usagers et associations. Cette révision doit permettre d’adapter le cadre réglementaire aux nouveaux enjeux climatiques et sanitaires, notamment via l’intégration d’une réglementation spécifique au norovirus, réclamée de longue date par la filière conchylicole. Elle s’articule avec un nouveau Contrat Eau et Climat, qui porte le volet opérationnel et financé de cette adaptation, sous le même pilotage de la CLE.
Prévenir le risque inondation : le PAPI et la culture du risque
Le territoire de Thau est reconnu Territoire à Risque Important d’inondation (TRI de Sète) au titre de la Directive Inondation européenne de 2007. La Stratégie Locale de Gestion du Risque Inondation (SLGRI), pilotée par le SMBT depuis 2016, a débouché sur un programme d’études préalables engagé dès 2022, qui a mobilisé 2,7 millions d’euros jusqu’en 2025 pour affiner la connaissance du risque à l’échelle du territoire. Ce travail a été salué par le Comité d’agrément de l’État, qui a donné en 2026 un avis favorable à l’unanimité : le Programme d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI) du bassin de Thau est ainsi officiellement labellisé, ce qui ouvre l’accès à des financements du fonds Barnier. Le programme, qui couvre 25 communes, prévoit 46 actions pour la période 2026 à 2031 : restauration hydromorphologique des cours d’eau, classement et renforcement des digues, réduction de la vulnérabilité des particuliers et des entreprises, développement d’une culture commune du risque. Ses premières actions démarreront une fois la nouvelle gouvernance du SMBT installée. En parallèle, un système d’alerte baptisé VIGITHAU Risques, créé en 2021 et développé avec Predict Services (filiale risques de Météo France), s’appuie sur un réseau de capteurs pluviométriques et hydrométriques pour permettre à chaque commune d’adapter sa réponse à l’intensité de l’aléa. Le dispositif Thau Alabri, lancé en mars 2024, propose de son côté un diagnostic gratuit aux particuliers et aux professionnels exposés, avec des travaux d’adaptation du bâti (batardeaux, clapets anti-retour, mise hors d’eau des équipements) financés jusqu’à 80 % pour les particuliers grâce au fonds Barnier. Ces dispositifs répondent à une mémoire locale bien réelle : la tempête de 1982 à Frontignan, la crue de 1987 à Montbazin ou les inondations de 2014 et 2018 à Marseillan ont chacune laissé des traces, tout comme les intempéries plus récentes qui ont dégradé une digue des salins de Frontignan. Une stratégie d’acculturation au risque, élaborée en 2023 avec le bureau d’études Mayane, cherche par ailleurs à installer une culture du risque non anxiogène, ancrée dans l’histoire et le quotidien du territoire.
Qualité de l’eau et salinisation, deux fronts qui se rejoignent
La lagune de Thau est l’exutoire de toutes les eaux du bassin versant, ce qui impose une vigilance permanente sur les rejets, en particulier lors des pluies diluviennes qui peuvent déborder les réseaux d’assainissement unitaires. L’outil de modélisation VigiThau permet d’anticiper ces épisodes et d’alerter par SMS les professionnels de la pêche et de la conchyliculture, qui mettent alors leurs productions à l’abri le temps que la situation redevienne conforme, un dispositif qui a largement contribué à ce que les coquillages de Thau retrouvent régulièrement leur autorisation de commercialisation après une alerte. Les efforts d’assainissement engagés par Sète Agglopôle Méditerranée, dont le renforcement de la station des Eaux-Blanches, ont contribué à améliorer nettement la qualité des eaux de l’étang de Thau. Plus récemment, un nouveau sujet a émergé : la salinisation du littoral méditerranéen, qui touche notamment le phénomène d’inversac sur la source sous-marine de la Vise, une intrusion d’eau salée qui menace l’approvisionnement des Thermes de Balaruc. Ce sujet a réuni, lors d’une journée technique organisée le 18 juin 2026 à l’Écosite de Mèze, le SMBT, l’association AIGA Méditerranée Ouest et l’Association Nationale des Élus des Littoraux (ANEL), avec l’ambition commune de porter cette problématique jusqu’au congrès national de l’ANEL de septembre 2026, pour qu’elle intègre la politique nationale d’adaptation climatique.
Le rôle du SMBT, chef d’orchestre du territoire
Créé en 2005 pour protéger la lagune de Thau, le SMBT dispose d’une double compétence : l’aménagement du territoire et la gestion des ressources en eau. Il est notamment gestionnaire des deux sites Natura 2000 du territoire, celui de l’étang de Thau (8 320 hectares, dont 7 000 hectares de lagune, classé pour son patrimoine naturel et l’un des plus vastes herbiers de zostère des côtes languedociennes) et celui de la plaine de Villeveyrac-Montagnac (5 500 hectares de garrigues et de parcelles agricoles accueillant une avifaune remarquable). Ce patrimoine, valorisé par des lieux comme le Musée de l’Étang de Thau à Bouzigues, s’inscrit dans une dynamique touristique qui se veut elle-même exemplaire : l’Archipel de Thau labellisé Green Destinations en est une illustration, tout comme les expérimentations plus techniques menées sur le territoire, à l’image du démonstrateur flottant SolarInThau, qui associe énergie solaire et conchyliculture. Le bureau d’accueil de l’Archipel de Thau à Mèze ou la présentation de l’Archipel de Thau, destination Méditerranée permettent aux visiteurs de mieux comprendre ce territoire qui cherche, au fil de ses missions, à concilier attractivité touristique et vulnérabilité environnementale.
Un chantier permanent plutôt qu’une réponse ponctuelle
L’adaptation du bassin de Thau au changement climatique ne repose donc pas sur un seul dispositif mais sur un enchevêtrement de plans et d’outils, du SAGE au PAPI en passant par le réseau VigiThau, coordonnés par le SMBT en lien avec les communes et Sète Agglopôle Méditerranée. Cette organisation vise avant tout à réduire la vulnérabilité du territoire face aux inondations, à préserver la ressource en eau et la qualité de la lagune, tout en accompagnant les activités économiques, agricoles, conchylicoles et touristiques qui font l’identité du bassin de Thau.









