Un ancien volcan devenu balcon sur la Méditerranée
Le Mont Saint-Clair est la montagne de Sète, le relief qui donne à la ville sa silhouette si particulière entre mer et lagune. Ce piton calcaire, culminant selon les sources entre 175 et 183 mètres, est en réalité un ancien volcan éteint, né il y a plusieurs millions d’années lors du plissement de la plaque continentale par la poussée des Pyrénées et du Massif Central, aux côtés des monts de la Gardiole et des volcans qui se prolongent jusqu’au cap d’Agde. Longtemps, ce relief fut un îlot isolé au large des côtes languedociennes. Ce n’est qu’il y a environ 6 000 ans que les courants marins, en poussant devant eux les sédiments charriés par les fleuves, ont formé le lido : ce cordon de sable a progressivement rattaché le mont au rivage, entre le mont Saint-Clair et le mont Saint-Loup d’Agde, et a du même coup isolé de la mer la lagune qui deviendra l’étang de Thau. Sète, bâtie au pied de ce relief à partir de 1666 sur ordre de Colbert pour donner un débouché maritime au canal du Midi, doit ainsi sa forme d’« île singulière » à cette histoire géologique bien avant de la devoir à ses canaux.
La forêt des Pierres Blanches, poumon vert du mont
Sur le flanc sud-ouest du Mont Saint-Clair s’étend la forêt des Pierres Blanches, une forêt domaniale de vingt à vingt-sept hectares selon les délimitations, dont le nom vient des roches calcaires jurassiques qui affleurent entre les pins et les cèdres. Plusieurs centaines d’espèces végétales y sont recensées, certaines rares, et de nombreux sentiers pédestres balisés, agrémentés de panneaux pédagogiques et de tables de pique-nique, permettent de rejoindre le sommet à travers la pinède. Deux parkings gratuits desservent ce massif : le parking des Pierres Blanches, avec une soixantaine de places dont des emplacements PMR, et le parking de la Pompe, un peu plus proche du sommet côté chemin des Pierres Blanches.
Le sommet : panorama à 360°, croix et chapelle
Au sommet, le belvédère Saint-Clair et la Croix Saint-Clair offrent un panorama à 360 degrés qui embrasse à la fois la Méditerranée, l’étang de Thau et ses parcs à huîtres, le lido, le massif de la Gardiole et, par temps clair, les Cévennes et jusqu’aux Pyrénées et au Canigou. C’est également au sommet que se dresse la chapelle Notre-Dame de la Salette, sanctuaire marial inauguré en 1864 sur les ruines d’un fortin militaire du XVIIe siècle, dont les fresques intérieures veillent traditionnellement sur les marins sétois. Cette vocation défensive et d’observation du sommet, héritée des fortifications successives qui ont occupé le mont, s’est prolongée avec le temps : le point culminant de la ville a longtemps servi de poste de guet sur la navigation et l’arrivée des bateaux, une fonction que le panorama actuel donne encore parfaitement à comprendre. Pour la petite pause après l’ascension, une fontaine à eau potable et des toilettes publiques sont installées à quelques pas du belvédère.
Le phare, l’œil mobile de Paul Valéry
Sur le flanc méridional du mont se dresse le phare du Mont Saint-Clair, construit en 1903 et classé monument historique en 2011. Élevé à 92,70 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce phare à l’italienne signale l’entrée du port avec une portée lumineuse d’environ 29 milles, soit près de 53 kilomètres. Paul Valéry, natif de Sète, l’a surnommé « l’œil mobile » dans son célèbre poème gravé sur l’édifice, tissant un lien direct entre ce phare et le musée Paul Valéry, construit dans les années 1970 au flanc du mont et qui surplombe justement le cimetière marin.
Les deux cimetières du mont : le marin et le Py
Le Mont Saint-Clair porte sur ses flancs deux cimetières qui racontent, chacun à sa façon, l’histoire sociale de Sète. Face à la Méditerranée, le cimetière marin, ouvert vers 1680 sous le nom de cimetière Saint-Charles, fut rebaptisé en 1945 en hommage au poème de Paul Valéry qui y repose dans le tombeau familial. Surnommé familièrement le « cimetière des riches », il rassemble aussi les sépultures de figures sétoises comme Jean Vilar ou Henri Colpi. À l’opposé, face à l’étang de Thau, le cimetière Le Py, ouvert en 1877, fut longtemps le « cimetière des pauvres », recevant à l’origine des corps ensevelis en fosse commune faute de concessions. C’est là, depuis 1981, que repose Georges Brassens, dans le caveau familial. Le contraste est resté célèbre : sa chanson de 1966 réclamait un enterrement dans « un petit trou moelleux » au bord de la plage de la Corniche, face à la Méditerranée. Le lieu réel de sa sépulture, au Py, face à la lagune de Thau, ne correspond donc pas à ce vœu, une ironie que les Sétois eux-mêmes aiment à raconter. Juste en face du cimetière, l’Espace Georges Brassens retrace la vie et l’œuvre du poète-chanteur à travers un parcours immersif.
Vue sur Escale à Sète
Le belvédère du Mont Saint-Clair est aussi l’un des meilleurs points de vue en surplomb sur le port lors d’Escale à Sète, le grand rassemblement biennal de voiliers traditionnels et de bateaux du patrimoine qui anime les quais de la ville. Depuis la hauteur, on embrasse d’un seul regard l’ensemble de la flotte amarrée le long des canaux et du port, un angle que les photographes locaux recherchent particulièrement lors de la grande parade d’arrivée des navires.
Informations pratiques
L’ascension à pied est possible depuis le Quartier Haut, le plus ancien quartier de Sète, par un escalier d’environ 390 marches, ou via les sentiers de la forêt des Pierres Blanches au départ des parkings gratuits du secteur. La montée en voiture reste possible mais le stationnement au sommet est limité, ce qui rend les parkings de la forêt particulièrement utiles en saison touristique. Le mont se découvre aussi bien en fin de journée, pour profiter du coucher de soleil sur l’étang de Thau, qu’au matin pour la clarté du panorama vers les Pyrénées.












