Sous le vernis méditerranéen du bassin de Thau vit une langue plus ancienne que le français : l’occitan, ou langue d’oc. On l’entend encore dans les noms de rues, les surnoms de villages, les devises d’associations et les chants qui accompagnent les fêtes de la lagune. Loin d’être une curiosité de musée, cette culture reste vivante autour de l’étang, portée par des cercles occitans, des balètis et des semaines culturelles qui rassemblent chaque année petits et grands de Sète à Marseillan. Ce wiki raconte comment la langue d’oc continue de façonner l’identité du territoire.
Une langue d’oc bien vivante autour de l’étang
L’occitan est la langue historique de tout le sud de l’ancienne Gaule, ce que l’on appelait autrefois le diocèse des Sept Provinces. Sur le bassin de Thau, on en parle la variété languedocienne, celle qui a donné son nom au Languedoc. Loin d’avoir disparu, elle irrigue encore la vie locale : à Loupian, le Cercle Occitan Lo Lop réunit régulièrement passionnés de langue et de littérature autour d’écrivains et de linguistes, comme lors de la rencontre consacrée au romancier albigeois Sèrgi Labatut ou d’une soirée sur les emprunts du français à l’occitan animée par le linguiste Florian Vernet. Ces rendez-vous, gratuits et conviviaux, se tiennent souvent à la médiathèque Stéphane Hessel et se déroulent volontiers en occitan comme en français, preuve que la langue reste un outil de transmission et pas seulement un souvenir.
Cette vitalité dépasse Loupian. À Mèze, la Semaine culturelle occitane a pour titre « Occitans totjorn, occitans encara ! », littéralement « Occitans toujours, Occitans encore », un slogan qui dit tout de l’esprit du territoire : une culture tournée vers l’avenir autant que vers ses racines. Une semaine entière de lectures, projections, théâtre et balètis y explore la richesse de la langue et de ses traditions.
Gentilés, devises et noms de lieux : la langue dans le quotidien
L’occitan se lit d’abord dans les mots du quotidien. Les habitants de Loupian sont les Loupianais, un gentilé que l’on retrouve jusque dans l’évocation des « Loupianais de l’Antiquité » qui vivaient déjà autour de la lagune. Les associations occitanes, elles, adoptent des noms de terroir : à Marseillan, l’association Lo Cranc de Massilhan (« le crabe de Marseillan ») défend la langue avec la devise « Pour que vive la langue, pour que vive lo Cranc », tandis que le cercle loupianais se nomme Lo Lop, « le loup », clin d’oeil au nom même de Loupian.
La toponymie porte cette même mémoire. À Villeveyrac, dont le nom occitan est Vilamanda, la commune a inauguré des plaques de rue en occitan et une série d’écriteaux « Ici, autrefois, il y avait… » qui invitent à comprendre les noms de lieux du village. À Marseillan, une « Carrièra de l’Amor » a de même remplacé, le temps d’une fête, la rue de l’Amour. Ces gestes, modestes en apparence, réinscrivent la langue d’oc dans le paysage visible du bassin de Thau et rappellent que chaque village conjugue à sa façon son identité méditerranéenne.
Lop Festum et les fêtes occitanes de Loupian
Le grand rendez-vous occitan de la lagune se tient à Loupian : le Lop Festum. Cette fête gratuite, installée dans le centre-ville, ressuscite l’esprit de la foire languedocienne d’autrefois. Au programme, des défilés d’animaux totémiques, ces figures emblématiques des villages occitans, des démonstrations de musiques et de danses traditionnelles, un marché d’artisans et de producteurs, des ateliers pour tous les âges et, le soir venu, un baléti, cette soirée dansante populaire où l’on apprend les pas au son de la vielle à roue et de l’accordéon. Le nom même de la fête, construit sur Lo Lop, ancre l’événement dans l’identité du village.
Loupian cultive ce goût des époques revisitées : le village fait aussi revivre son passé romain lors des Journées des Augustales, autour de sa célèbre villa gallo-romaine et de ses mosaïques du Ve siècle. Entre Antiquité vivante et fête occitane, c’est toute la superposition des siècles qui se donne à lire dans ce petit village au bord de l’étang.
Balètis, chants et transmission : une culture qui se danse
La culture occitane du bassin de Thau ne se contente pas de conférences : elle se danse et se chante. À Marseillan, la Soirée Occitane du duo Castanha é Vinovèl ouvre par une initiation aux danses traditionnelles avant que le baléti n’emporte le public au son de la vielle à roue, de l’accordéon et des chants en langue d’oc. La Semaine Occitane de Marseillan, elle, déroule spectacles pour enfants, conférences d’ethnobotanique et récitals de poèmes mis en musique, portée par l’association Lo Cranc.
À Villeveyrac, la Semaine Occitane mêle expositions, contes en occitan, initiation aux danses traditionnelles avec le cercle occitan de Mèze et même un atelier cuisine autour de la macaronada, plat partagé qui rassemble le village. Le mot n’est pas anodin : la macaronade sétoise, spécialité de pâtes emblématique de Sète, partage cette racine méridionale du repas convivial pris en famille lors des grandes fêtes traditionnelles, même si son histoire propre doit beaucoup aux immigrants italiens du XVIIIe siècle. Autour de l’étang, la langue, la table et la danse forment un même art de vivre, transmis de génération en génération.
Sète, l’occitan et l’âme languedocienne
Sète, que l’on surnomme la « Venise du Languedoc », incarne à sa manière cet héritage. Ses villages voisins sont dits « languedociens », ses traditions maritimes, ses joutes et ses chants participent d’une même culture du Sud dont l’occitan est la langue matricielle. Les joutes, précisément, sont qualifiées de languedociennes avant d’être nautiques, et l’on peut prolonger cette découverte avec notre wiki dédié aux joutes languedociennes des Barques. D’un cercle occitan de Loupian à un baléti de Marseillan, d’une plaque de rue à Villeveyrac au vocabulaire des halles de Sète, la langue d’oc reste le fil discret qui relie les quatorze communes du bassin de Thau à une identité commune, méditerranéenne et fièrement occitane.






