Le Fort Saint-Pierre, aïeul du Théâtre de la Mer

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Avant d’être une scène à ciel ouvert où des dizaines de milliers de spectateurs se pressent chaque été, le Théâtre de la Mer fut d’abord un ouvrage militaire à part entière : le Fort Saint-Pierre. Dressé sur la pointe rocheuse au pied du Mont Saint-Clair, face à la Méditerranée, ce fort a traversé près de trois siècles d’histoire sétoise, entre canons, casernement et planches de théâtre, avant de devenir la scène que l’on connaît aujourd’hui.

Une réponse à la menace anglaise de 1710

Le port de Sète, créé par Colbert et fondé le 29 juillet 1666, s’était d’abord doté de fortifications du XVIIe siècle : le Môle Saint-Louis et son fort disparu à l’extrémité de la jetée. Mais c’est une tentative d’invasion anglaise en 1710 qui décide les autorités à muscler la défense de la ville. Le Fort Saint-Pierre est bâti entre 1743 et 1746 sur la pointe du cap qui domine les falaises, en surplomb direct de la mer. Un autre ouvrage du XVIIe siècle existait déjà au sommet du Mont Saint-Clair, érigé par le Duc de Montmorency : ses ruines serviront plus tard d’assise à la Chapelle Notre-Dame de la Salette. La colline sétoise portait ainsi, à des époques différentes, plusieurs générations de fortifications.

Un ouvrage pensé pour le feu croisé

Le Fort Saint-Pierre se compose de sept plateformes disposées en amphithéâtre face à la mer, équipées de batteries de canons. Avec le sémaphore voisin, il formait un ensemble défensif chargé de protéger la population et le port des attaques, aussi bien terrestres que maritimes. Il fonctionnait en duo avec un second ouvrage aujourd’hui disparu, à l’entrée du port : les deux forts pouvaient croiser leurs tirs pour verrouiller l’accès à la ville. Ce système de défense combiné illustre l’ambition stratégique déployée autour du jeune port sétois au XVIIIe siècle.

Caserne, prison, hôpital : les vies successives du fort

Une fois la menace militaire écartée, le Fort Saint-Pierre a changé plusieurs fois de vocation. Il a servi de caserne militaire, puis de prison lors de la conquête de l’Algérie, avant de devenir une annexe d’hôpital militaire. Ces usages successifs, purement fonctionnels, l’ont éloigné de son rôle défensif d’origine sans jamais effacer son architecture de place forte : les plateformes en gradins face à la mer restent la trace la plus visible de ce passé militaire, aujourd’hui reconverties en gradins de spectateurs.

1944 : les ruines, puis la métamorphose culturelle

Fortement endommagé par les destructions allemandes de 1944, l’intérieur des bâtiments menaçait ruine. C’est dans cet état dégradé que le site est repensé : à la fin des années 1950, sous l’impulsion de l’acteur Jean Deschamps, qui y installe son Festival de la Mer, le fort est restructuré en théâtre de plein air. Les premières grandes heures musicales du lieu sont offertes par Claude François dans les années 1970. Le site est aujourd’hui officiellement baptisé Théâtre Jean Vilar, en hommage à l’acteur et metteur en scène sétois, créateur du festival d’Avignon, même si le nom d’usage reste Théâtre de la Mer. L’acoustique exceptionnelle du lieu, héritée de la configuration en amphithéâtre voulue pour les canons, rappelle aujourd’hui celle des théâtres antiques. La programmation 2026 du Théâtre de la Mer perpétue cette vocation culturelle avec concerts, festivals et cinéma en plein air face à la Méditerranée.

Un vestige à explorer sur la Promenade Maréchal Leclerc

À deux pas, en contrebas, le Site Saint-Pierre occupe l’ancien terrain vague au pied du fort, longtemps abandonné avant sa réouverture en promenade publique en 2019. Un peu plus haut sur le Mont Saint-Clair, le Phare du Mont Saint-Clair et son point de vue complètent ce paysage patrimonial où se superposent plusieurs siècles de défense du littoral sétois, du Môle Saint-Louis fondateur jusqu’aux forts de la colline.

Visiter les vestiges militaires aujourd’hui

Le Fort Saint-Pierre n’ouvre pas ses coulisses militaires au public en dehors d’occasions particulières. Les Journées Européennes du Patrimoine proposent ponctuellement des visites guidées consacrées à cette histoire de fortification devenue théâtre, sur réservation auprès de l’Office de tourisme. En dehors de ces créneaux, le lieu se découvre surtout par sa programmation de spectacles, sur la Promenade du Maréchal Leclerc, face à la mer.

Question fréquemment posées

Entre 1743 et 1746, sur la pointe du cap dominant les falaises au pied du Mont Saint-Clair, dans la continuité des fortifications du XVIIe siècle qui protégeaient déjà le jeune port de Sète (fondé en 1666).
Suite à une tentative d’invasion anglaise en 1710, les autorités ont renforcé la défense de Sète. Le Fort Saint-Pierre formait, avec un second ouvrage aujourd’hui disparu à l’entrée du port et un sémaphore, un ensemble défensif capable de croiser ses tirs pour protéger la ville des attaques terrestres et maritimes.
Après avoir servi de caserne, de prison puis d’hôpital militaire, le fort est endommagé par les destructions allemandes de 1944. À la fin des années 1950, l’acteur Jean Deschamps le fait restructurer en théâtre de plein air pour y installer son Festival de la Mer, donnant naissance au Théâtre de la Mer, aujourd’hui officiellement nommé Théâtre Jean Vilar.
En dehors de la programmation de spectacles, les Journées Européennes du Patrimoine proposent ponctuellement des visites guidées centrées sur cette histoire militaire, sur réservation auprès de l’Office de tourisme de Sète.

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