Il y a des artistes qui quittent leur ville pour exister, et d’autres qui la portent partout avec eux. Robert Combas appartient à la seconde catégorie. Né à Sète en 1957, pionnier de la figuration libre, exposé dans le monde entier, il n’a jamais cessé de peindre, de dessiner et de raconter l’île singulière. À l’âge où beaucoup regardent derrière eux, ce qui l’occupe n’est pas la reconnaissance mais une question très concrète : que deviendront ses œuvres, et comment en laisser une trace durable là où tout a commencé.
Un enfant de Sète devenu figure de la figuration libre
Robert Combas naît à Sète en 1957. Il appartient à la génération qui invente, au tournant des années 1980, la figuration libre, un mouvement pictural dont Sète est l’un des berceaux et qui bouscule alors l’art contemporain français avec ses couleurs franches, son dessin décomplexé et ses emprunts à la bande dessinée, au rock et à l’imagerie populaire. L’artiste décrit lui-même ces débuts comme ceux d’une bande de marginaux plus que de voyous, avec un côté punk assumé. Sa peinture, nourrie par la lumière méditerranéenne, s’inscrit selon lui dans une tradition européenne, loin de l’étiquette de provocation qu’on lui a longtemps collée.
Le mouvement a essaimé bien au-delà du bassin de Thau, mais il reste attaché à cette ville de bord de mer qui a vu naître plusieurs de ses figures. Le musée Paul Valéry et le MIAM, Musée International des Arts Modestes lui consacrent régulièrement conférences et accrochages, aux côtés d’autres artistes sétois de la même génération.
Sète comme matière première
Combas a vu sa ville se transformer au fil des décennies. Il en garde la nostalgie d’un Sète où il y avait tout à faire, où certains habitants n’avaient pas encore l’eau courante, où tout n’était pas forcément beau mais possédait déjà une forte identité provinciale. Ses souvenirs d’enfance le ramènent au quartier haut, où habitaient ses grands-mères et où il déjeunait le midi. Pour lui, le symbole sétois ultime reste l’église Saint-Louis, celle qui donne son nom à la grande fête de la ville.
Les joutes, elles, occupent une place particulière. L’artiste dit n’avoir aucune filiation avec ce milieu et ne pas y être impliqué, ce qui ne l’a jamais empêché de les peindre. Son tableau A quoi l’O ? Les joutes sétoises, daté de 1992 et mesurant 73 sur 100 centimètres, en est la trace la plus connue. Il en parle avec la nostalgie d’une époque plus rude et en même temps plus drôle, quand on se tapait dessus sur le canal et que les mêmes voix commentaient les passes au micro depuis des années.
Des œuvres dans la ville
Une partie de son travail vit à ciel ouvert. Il est l’auteur de la mosaïque qui orne une ancienne fontaine située près de la médiathèque Mitterrand, appelée à être déposée dans le cadre de la transformation du site. Sur le même secteur, il doit réaliser la fresque de la façade de la nouvelle salle Georges-Brassens, un chantier qui prolonge sa présence dans l’espace public sétois. Sa manière de résumer sa démarche tient en une phrase : « Je travaille pour le futur ». Quand il fait une salle, dit-il, c’est pour qu’elle reste longtemps.
Depuis 2021, il développe aussi des fresques lumineuses : ses peintures sont projetées sur des volumes architecturaux, dont elles épousent le relief pour créer des illusions optiques et un univers en mouvement. La façade de l’Hôtel de Ville de Sète a déjà servi d’écran à ce genre de vidéo-mapping lors des célébrations anniversaires de la fondation de la ville.
Rassembler l’œuvre : un fonds et un projet de musée
Depuis une vingtaine d’années, Robert Combas travaille à la donation de ses œuvres. Avec sa compagne Geneviève Combas, à ses côtés depuis la première heure, il rassemble documents et pièces conservées afin de constituer un fonds cohérent. L’ambition du couple est de trouver un lieu sur le territoire sétois qui porterait l’appellation musée, avec une conviction simple : les œuvres doivent rester là où elles font sens.
Leur maison, juchée sur les hauteurs de Saint-Clair, fonctionne déjà comme un petit écosystème. Dans cet écrin végétal où se côtoient des dizaines d’œuvres de l’artiste, on trouve des ateliers, des bureaux et des espaces destinés à des résidences d’artistes. Le couple achète aussi, quand il le peut, des œuvres d’artistes sétois moins connus, une forme de soutien discret au vivier local que la conjoncture rend plus difficile.
Les Sans Pattes, l’autre terrain de jeu
Après des décennies de carrière visuelle, l’artiste s’est lancé dans la musique il y a une dizaine d’années avec le groupe Les Sans Pattes, projet qui mêle son, audiovisuel et arts plastiques. Le noyau réunit le plasticien Lucas Mancione et le saxophoniste lyonnais Lionel Martin, aux côtés d’Olivier Chambriard ; le plasticien Marc Duran a également participé à certaines formations du groupe. Les musiciens se produisent régulièrement sur les grandes scènes de la ville, comme le théâtre de la Mer ou le théâtre Molière, où leurs sets s’accompagnent de projections vidéo.
Invité d’honneur de la Saint-Louis
En 2026, la Ville de Sète a fait de Robert Combas l’invité d’honneur de la 282e fête de la Saint-Louis. Fidèle à lui-même, l’artiste a préféré parler d’héritage plutôt que d’honneurs. La distinction dit surtout la place qu’il occupe dans l’imaginaire local : celle d’un créateur qui puise dans ses racines une énergie brute et fait rayonner l’identité sétoise bien au-delà du bassin de Thau. La même année, Geneviève et Robert Combas investissaient le Pont du Gard pour l’été, entre exposition et mapping projeté sur le monument, preuve que le format monumental reste l’un de ses terrains favoris.




