Un art urbain qui déborde largement de Sète
Quand on pense street-art sur le bassin de Thau, le MaCO sétois vient spontanément à l’esprit. Mais à quelques kilomètres de là, trois autres communes ont chacune inventé leur propre grammaire d’art urbain, sans jamais copier le modèle sétois. À Mèze, ce sont des transformateurs électriques qui se sont transformés en poèmes visuels. À Frontignan, un parcours international se découvre grâce à des QR codes disséminés sur les façades. À Poussan, ce sont des trompe-l’œil discrets, nichés dans les ruelles du centre ancien, qui jouent avec le regard du promeneur. Trois échelles, trois techniques, une même idée : faire de la rue un lieu d’expression gratuit et accessible à tous.
Mèze : quand les transformateurs Enedis deviennent des toiles
Depuis 2024, la ville de Mèze a entrepris de transformer ces cubes de béton gris qui abritent la distribution électrique en supports artistiques à part entière. Dans le cadre d’un budget participatif, huit transformateurs ont été métamorphosés par quatre peintres et un graffeur, avec le soutien d’Enedis, gestionnaire du réseau, qui multiplie ce type de partenariat avec les communes pour enjoliver le mobilier urbain. Parmi les artistes intervenus sur ces « maisonnettes » d’une douzaine de mètres carrés : Honck, Audrey Chiono, Bella Bah, Celia Fovez et Laure Fournier.
Les thèmes choisis racontent l’identité du territoire : oiseaux multicolores s’envolant vers la lagune, paysages méditerranéens baignés de lumière, faune locale mêlant réalisme et fantaisie, coteaux de vignes ondulantes. Chaque œuvre est le fruit d’une réflexion collective entre artistes, municipalité et Enedis. Résultat : ces transformateurs décorés sont devenus des points de repère dans la ville, des prétextes à la promenade pour les habitants comme pour les visiteurs, qui partent à leur recherche comme dans une chasse au trésor urbaine. L’exploration se fait en totale liberté, au fil d’une déambulation sans itinéraire fixe, en gardant l’œil ouvert. Pour préparer sa visite ou obtenir des informations complémentaires sur les animations culturelles de la ville, l’office de tourisme de Mèze reste la meilleure adresse. Le port de Mèze, où se concentre une bonne partie de ces œuvres, se rejoint facilement grâce à la ligne de bus 20 ou, au départ de Sète, par la navette maritime.
Frontignan : un parcours urbain international à lire au smartphone
Depuis 2022, Frontignan s’est lancée dans l’aventure du street-art avec ambition, dans le cadre du festival Sete Sois Sete Luas (Sept Soleils Sept Lunes), qui invite chaque année des artistes de renommée internationale à transformer les murs de la ville en œuvres monumentales. Ce réseau, qui favorise les échanges culturels entre pays lusophones et méditerranéens, a donné naissance à un véritable parcours urbain baptisé « Art dans la rue ».
Des artistes venus du monde entier y ont posé leurs pinceaux : Zed1 d’Italie et sa fresque « Cherchez la perle en vous », Mohammed Roshdi du Maroc représentant un pêcheur traditionnel, Joël Rollinger du Luxembourg, Daniela Guerreiro et Tamara Alves du Portugal, João Ribeiro et son flamant rose coiffé d’un canotier au local des jouteurs, clin d’œil aux traditions locales, ou encore Diavù avec « Se Canto », hymne à la culture occitane. Chaque fresque dialogue avec le territoire frontignanais : faune et flore méditerranéennes, traditions maritimes, patrimoine viticole du Muscat.
La particularité du parcours : des QR codes placés près de chaque fresque racontent son histoire et présentent l’artiste, en complément d’un livret disponible dans les lieux culturels de la ville. Des visites guidées sont aussi organisées, notamment lors du parcours découverte de l’art urbain contemporain proposé régulièrement par la ville. Pour tout renseignement pratique, la mairie de Frontignan reste le point de contact de référence. Entre deux fresques, le parc Victor Hugo offre une pause verte au cœur du centre-ville, et le Festival du Muscat de Frontignan permet de prolonger la découverte du patrimoine viticole que plusieurs fresques mettent en scène.
Poussan : les trompe-l’œil qui jouent avec le regard
Poussan a choisi une toute autre technique pour animer ses façades : le trompe-l’œil. Un mur plat s’ouvre soudain sur une perspective qui semble réelle, une fenêtre peinte donne l’impression qu’on pourrait l’ouvrir, un personnage assis sur un banc fictif interpelle les promeneurs. Plutôt que de créer une rupture, ces fresques prolongent l’architecture existante, ajoutent des détails poétiques, racontent des histoires, en respectant le caractère du village.
La grande majorité de ces œuvres ont été réalisées par Claire Aton, dont la première fresque à Poussan date de 2006. Elle a aussi collaboré avec les écoles du village pour créer de nombreuses fresques murales, une manière d’impliquer les petits Poussanais dans l’embellissement de leur ville tout en les initiant aux techniques artistiques. D’autres œuvres, signées Aurélie Malbec et Philippe Baudelocque (auteur notamment de la fresque « Le Peuple Feuille »), sont venues enrichir ce parcours au fil du temps. Il n’existe pas d’itinéraire fléché : le plaisir consiste justement à flâner dans le centre ancien sans plan précis, en levant les yeux au détour d’une rue, jusqu’à ce que la surprise surgisse. La mairie de Poussan peut orienter les visiteurs curieux d’en savoir plus sur ce patrimoine mural, qui s’inscrit dans une démarche plus large d’embellissement participatif du village, comme en témoigne le permis de végétaliser proposé aux habitants.
Conseils pratiques pour partir à leur découverte
Ces trois parcours ont un point commun : ils se visitent gratuitement, en autonomie, toute l’année, sans réservation obligatoire (hors visites guidées ponctuelles). Pour les amateurs de photographie, les jeux de lumière changent selon les heures : le matin, la lumière rasante fait ressortir les reliefs des trompe-l’œil et des transformateurs peints ; en fin d’après-midi, les couleurs gagnent en chaleur. Le propre de l’art urbain reste sa fragilité assumée : exposées aux intempéries méditerranéennes, les œuvres vieillissent et se patinent parfois, ce qui invite à profiter de l’instant présent plutôt qu’à attendre. Entre traditions méditerranéennes et créativité contemporaine, Mèze, Frontignan et Poussan écrivent, chacune à sa façon, un chapitre singulier de l’histoire du street-art sur le bassin de Thau.








