Au bord du canal royal, dans le centre-ville de Sète, un ancien chai à vin abrite l’un des lieux culturels les plus atypiques de la ville : le Musée International des Arts Modestes, plus connu sous son acronyme MIAM. Ni tout à fait musée classique, ni simple galerie, il se présente comme un laboratoire joyeux où les objets que l’on ne regarde plus retrouvent soudain une poésie inattendue. On y entre par curiosité et l’on en ressort souvent avec le sourire, un peu retombé en enfance.
Deux artistes, une idée : célébrer l’art modeste
Le MIAM a été fondé par deux artistes sétois, Hervé Di Rosa et Bernard Belluc, et a ouvert ses portes en novembre 2000. L’aventure part d’une intuition simple et audacieuse : et si les jouets oubliés, les figurines dénichées aux puces, les gadgets publicitaires et les bibelots jugés ringards méritaient eux aussi une place dans un musée ? C’est tout le sens de l’art modeste, cette famille de créations marginales et périphériques que le MIAM met en lumière au lieu de la reléguer au second plan.
Loin de hiérarchiser les formes d’art, le musée fait dialoguer la culture savante et la culture populaire. Il puise ses trésors aux frontières de l’art brut, de l’art naïf et de l’art populaire, et se veut avant tout un lieu de débat et de décloisonnement, ouvert à toutes les générations et à tous les horizons. Hervé Di Rosa, figure de la Figuration libre et enfant de Sète comme le fut Georges Brassens, y insuffle un regard qui refuse de séparer le noble du populaire.
Un ancien chai réinventé au bord du canal
Le lieu lui-même raconte déjà une histoire. Le MIAM occupe un ancien chai à vin, réaménagé par l’architecte Patrick Bouchain, dont le talent consiste à préserver l’âme d’un bâtiment industriel tout en l’ouvrant à la création contemporaine. Le résultat est un écrin brut et lumineux, idéalement posé au bord du canal royal, dans le prolongement des quais où se pressent les terrasses et les étals de coquillages.
La cour intérieure réserve une surprise : Le jardin des plantes modestes imaginé par Liliana Motta, un espace qui prend soin des plantes que l’on qualifie d’ordinaire de mauvaises herbes. Là encore, l’esprit du musée transparaît : donner de l’attention à ce que l’on néglige d’habitude. L’adresse, au 23 quai du Maréchal de Lattre de Tassigny, place le MIAM au cœur du parcours culturel sétois, à quelques pas seulement d’autres hauts lieux de l’art contemporain.
Une archéologie ludique de l’enfance
La collection permanente rassemble des milliers d’objets réunis par les deux fondateurs, dans une démarche que l’on pourrait qualifier d’archéologie ludique. Jouets, figurines, gadgets, bibelots clinquants et bariolés : chaque pièce, prise isolément, semble anodine, mais leur accumulation compose une véritable mémoire collective de l’enfance et du quotidien. On y reconnaît des objets qui ont peuplé nos aventures imaginaires, et la nostalgie n’est jamais loin.
Le musée ne s’est pas contenté de collectionner : il a aussi commandé des œuvres spécialement conçues pour ses murs, parmi lesquelles les sculptures de Théodore et Calixte Dakpogan, une maquette de Bodys Isek Kingelez, ou encore un hymne du MIAM signé Pascal Comelade. Les expositions temporaires prolongent cette curiosité en mêlant art modeste, art brut et art contemporain, questionnant sans relâche les frontières entre ces univers. Depuis sa création, le MIAM a présenté les œuvres de plusieurs centaines d’artistes français et internationaux, preuve qu’un musée décalé peut aussi faire référence.
Une porte d’entrée vers le Sète des arts
Le MIAM ne s’apprécie pas seul : il fait partie d’un tissu culturel dense qui donne à Sète son surnom d’île singulière. À quelques mètres de là, sur le même quai, le Réservoir Sète déploie sur deux mille mètres carrés une galerie hybride où l’art brut côtoie l’art urbain et la Figuration libre, dans l’esprit des grands noms locaux comme Combas ou Di Rosa. Tout près aussi, le CRAC Sète, Centre régional d’art contemporain, propose une programmation plus expérimentale et gratuite.
Pour élargir la promenade, le Musée Paul Valéry, perché face au cimetière marin, offre les beaux-arts et une vue sur la Méditerranée, tandis que l’Espace Georges Brassens retrace la vie de l’enfant du pays. Dans le dédale du Quartier Haut, la Chapelle du Quartier Haut accueille l’art contemporain sous ses voûtes désacralisées, et la petite Salle des escaliers de la Macaronade, sur les quais, met en avant les artistes locaux en été. Enfin, le Théâtre Molière Sète complète cette scène foisonnante où l’art déborde volontiers dans la rue, notamment à travers les fresques monumentales du parcours street art de la ville. Le MIAM en est le point de départ le plus réjouissant : celui qui apprend à regarder autrement.







