Jean Vilar (1912-1971), né et mort à Sète, fut comédien, metteur en scène, directeur de théâtre et auteur. Créateur du Festival d’Avignon en 1947 et directeur du Théâtre National Populaire de 1951 à 1963, il a porté l’idée d’un théâtre exigeant et ouvert à tous, pensé comme un service public. Sète, sa ville natale, garde sa tombe, un théâtre à son nom et fait vivre sa mémoire.
Une enfance sétoise
Jean Louis Côme Vilar naît à Sète le 25 mars 1912. Ses parents, Étienne Vilar et Catherine Biron, sont de modestes commerçants : ils tiennent une mercerie-bonneterie fondée par le grand-père, Côme Vilar, d’origine catalane, et plusieurs biographies la situent rue Gambetta. Son père, autodidacte passionné de culture, l’initie très tôt à la littérature et à la musique, et l’enfant apprend le violon. Après son baccalauréat, le jeune Sétois quitte sa ville en 1932 pour Paris.
La vocation, de Dullin à la Compagnie des Sept
À Paris, Jean Vilar est surveillant au collège Sainte-Barbe et poursuit des études de lettres. Invité par un collègue à une répétition de Charles Dullin au théâtre de l’Atelier, il y découvre sa vocation. Il suit l’enseignement de Dullin, apprend le métier dans les coulisses comme sur scène, puis fonde sa propre troupe, la Compagnie des Sept. Le succès de Meurtre dans la cathédrale, de T. S. Eliot, le fait connaître au sortir de la guerre.
Avignon, 1947 : la naissance d’un festival
En 1947, Jean Vilar organise à Avignon une Semaine d’art dramatique, dans la cour du palais des Papes. Elle devient le Festival d’Avignon, qu’il anime pendant plus de vingt ans. La ville se transforme alors en lieu de rencontres et de travail collectif, où comédiens, peintres, scénographes et techniciens inventent ensemble une esthétique fondée sur la clarté, la sobriété et une adresse directe au public.
Le TNP, un théâtre de service public
En 1951, sur proposition de Jeanne Laurent, il prend la direction du théâtre national du palais de Chaillot, qu’il rebaptise Théâtre National Populaire, en reprenant le nom créé par Firmin Gémier en 1920. Il le dirige jusqu’en 1963 avec une troupe fidèle, où brillent Gérard Philipe, avec qui il collabore pendant sept ans, mais aussi Georges Wilson, Philippe Noiret, Jeanne Moreau ou Silvia Monfort. Refus du vedettariat, égalité entre les métiers, prix accessibles, spectacles emmenés en banlieue : pour Vilar, le théâtre est « au premier chef, un service public », au même titre que l’eau ou l’électricité.
Peintres, musiciens et compagnons de route
Le théâtre de Vilar s’est construit dans un dialogue constant avec les autres arts. Ses décors et ses costumes naissent de ses amitiés avec des peintres, surtout de l’École de Paris : Léon Gischia, son compagnon de route pendant près de vingt ans, mais aussi Édouard Pignon, Gustave Singier, Mario Prassinos, Alfred Manessier, Roger Chastel, Alexander Calder ou le graphiste Marcel Jacno. L’écrivain Georges Perros lit pour lui les manuscrits reçus au TNP, et Vilar ouvre sa scène à la musique, jazz compris. Il écrit aussi pour le théâtre, notamment Le Dossier Oppenheimer, en 1964.
Le retour à Sète et le cimetière marin
Jean Vilar meurt le 28 mai 1971 dans sa maison de Sète. Il est inhumé au cimetière marin, à quelques allées de Paul Valéry, autre grande figure sétoise. Son dernier livre, Chronique romanesque, paraît un mois après sa mort. L’histoire du lieu et de ses illustres résidents est racontée dans le wiki consacré au cimetière marin de Sète.
Sa mémoire à Sète aujourd’hui
Au pied du mont Saint-Clair, le Théâtre de la Mer, ancien fort Saint-Pierre devenu scène en plein air face à la Méditerranée, a été officiellement baptisé théâtre Jean Vilar en son honneur. En 2012, la ville a participé aux célébrations du centenaire de sa naissance. Elle a depuis lancé les Journées Jean Vilar, dont la première édition s’est tenue en 2023, qui réunissent comédiens, chercheurs et professionnels du théâtre autour de son héritage. En 2026, le musée Paul Valéry lui a consacré l’exposition Les Couleurs de Jean Vilar, consacrée à ses liens avec les peintres. Avec Paul Valéry et Georges Brassens, Jean Vilar compte parmi les grandes figures qui font de Sète une ville d’artistes.










