Autour de l’étang de Thau, chaque village a son port. Rien à voir avec le grand port maritime de Sète et ses navires de commerce : ici, on parle de ports lagunaires, des bassins à taille humaine où se côtoient barques de pêcheurs, voiliers de plaisance et bateaux des conchyliculteurs. De Mèze à Marseillan, de Bouzigues à Balaruc-les-Bains, ces quais et ces pontons racontent la vie quotidienne d’une lagune de plus de 7 500 hectares, véritable petite mer intérieure de l’Hérault.
Une couronne de ports autour de la lagune
La rive nord et la rive sud de l’étang dessinent une couronne portuaire où chaque escale a sa personnalité. Les ports de la lagune vivent d’une triple activité : la petite pêche traditionnelle, la plaisance et la conchyliculture. Cette dernière est loin d’être anecdotique : avec environ 2 500 tables conchylicoles et quelque 500 exploitations, le bassin de Thau assure à lui seul 90 % de la production conchylicole de Méditerranée et environ 10 % de la production nationale. La filière est le deuxième pôle économique agricole de l’Hérault, juste derrière la viticulture. Les quais ne sont donc pas un décor : ce sont des outils de travail, animés dès l’aube par les allers-retours des barges vers les parcs à huîtres.
Mèze, le plus grand port du bassin de Thau
Derrière ses airs de village paisible, Mèze est le plus grand port du bassin de Thau. La plus ancienne cité de l’Archipel de Thau s’organise autour de son bassin portuaire et de ses quais, où pêcheurs et plaisanciers se croisent au fil de la journée. Le petit port des Nacelles conserve la mémoire des embarcations traditionnelles de l’étang, et la fête du Bouletchou fait revivre chaque été une pêche ancestrale au filet tiré depuis la plage. Les pêcheurs mézois partent tôt, vers 5 heures du matin, et reviennent en milieu de matinée avec loups, daurades, mulets ou anguilles selon la saison. Sur le quai Baptiste Guitard, l’Office de Tourisme de Mèze est le bon point de départ pour explorer la ville, son marché et ses mas conchylicoles. Mèze est d’ailleurs le premier site conchylicole du bassin, et un déjeuner sur le port reste l’un des plaisirs simples les plus recherchés de la lagune.
Marseillan, entre lagune et canal du Midi
Marseillan occupe une position unique : son port ouvre sur la lagune, tandis qu’un chenal d’environ deux kilomètres relie Marseillan-Plage à la Méditerranée. C’est aussi à la pointe des Onglous, sur la commune, que le canal du Midi achève sa course dans l’étang de Thau, ce qui fait du port une escale prisée des péniches et des plaisanciers au long cours. Les pêcheurs marseillanais pratiquent une pêche mixte : anguilles, muges et daurades dans la lagune, sardines, anchois et loups en mer. Sur les quais, les chais de vermouth historiques rappellent que la ville a toujours vécu de la vigne autant que de la pêche. Pour voir tout cela depuis l’eau, L’Etoile de Thau IV embarque au quai Antonin Gros pour des croisières commentées vers l’embouchure du canal et les parcs à huîtres, tandis que Midicapthau propose depuis Marseillan-Plage des sorties entre mer et lagune.
Bouzigues, le port des conchyliculteurs
Bouzigues est le village qui a donné son nom aux huîtres de l’étang. Son quai est une vitrine vivante de la conchyliculture : mas de producteurs, dégustations les pieds dans l’eau et vue directe sur les tables ostréicoles. C’est ici que se visite le Musée de l’Étang de Thau, installé face au port, qui retrace l’histoire de la pêche et de l’élevage des coquillages. Devant le bâtiment sont amarrées des nacelles, ces barques traditionnelles aux couleurs vives dont la taille se mesure en pans, un pan valant environ 25 centimètres ; la Gracchus Babeuf, la plus célèbre d’entre elles, est classée monument historique. Après la visite, un plateau d’huîtres à Bouzigues face aux parcs reste l’expérience emblématique du village.
Balaruc-les-Bains, escale entre thermes et lagune
Sur sa presqu’île, Balaruc-les-Bains regarde l’étang de tous côtés. Son plan d’eau accueille un embarcadère au Plan du Port, d’où partent navettes et sorties sur la lagune, et la promenade Georges Brassens longe la rive sur environ deux kilomètres avec vue sur les tables ostréicoles. La station, célèbre pour son thermalisme, offre ainsi un visage portuaire plus intimiste : pontons, petites embarcations et croisières découverte, comme celles du voilier Baroulaïre du centre nautique local. L’Office de Tourisme de Balaruc-les-Bains, installé dans l’ancien pavillon thermal Sévigné au bord de la lagune, renseigne sur les sorties en bateau. Côté papilles, L’Atelier de la Mer, aux halles de Balaruc, sert coquillages et huîtres exondées à deux pas de l’eau.
Vivre les ports de Thau aujourd’hui
Les ports lagunaires se découvrent facilement sans voiture. En été, des navettes maritimes relient Sète et Mèze en traversant l’étang, une manière douce d’arriver au port par l’eau, et la ligne de bus 20 dessert le port de Mèze toute l’année. Les pistes cyclables qui font le tour de l’étang enchaînent les escales portuaires, des pontons de Balaruc aux quais de Marseillan. Les amateurs de loisirs nautiques trouveront aussi leur bonheur : la lagune est un terrain réputé pour la pêche sur l’étang de Thau, entre daurades royales, loups et seiches. Et partout, du quai de Bouzigues au port de Mèze, la dégustation de coquillages au bord de l’étang reste le rituel qui résume le mieux l’art de vivre de ces ports : des produits sortis de l’eau le matin même, servis face aux parcs où ils ont grandi.









