Sète, une ville née fortifiée
Quand Colbert choisit, en 1666, d’ouvrir un débouché maritime au canal du Midi au pied du Mont Saint-Clair, la toute jeune cité de Sète doit très vite se protéger. Le port naissant, stratégique pour le commerce comme pour la Marine royale, attire les convoitises : en 1710, une attaque britannique rappelle brutalement sa vulnérabilité. Pour verrouiller l’entrée du port et défendre la population, un véritable dispositif défensif se construit sur les pentes du mont, associant trois ouvrages complémentaires : le fort Saint-Pierre (devenu depuis le Théâtre de la Mer), le sémaphore et le Fort Richelieu.
Le sémaphore et le Fort Richelieu, les deux autres sentinelles du mont
Si le fort Saint-Pierre reste aujourd’hui le plus visible des trois, du fait de sa reconversion en théâtre à ciel ouvert, ce sont bien trois bâtiments qui composaient à l’origine l’ensemble défensif du XVIIe siècle. Le sémaphore assurait la fonction de vigie, guettant depuis les hauteurs l’arrivée de navires ennemis, tandis que le Fort Richelieu complétait la ligne de défense côté mer. Ces ouvrages étaient destinés à protéger la population et le port de Sète des attaques tant terrestres que maritimes, en faisant système avec le fort Saint-Pierre, lui-même bâti sur sept plates-formes en amphithéâtre face à la mer et équipé de batteries de canons.
Un triangle de tirs croisés autour du port
La force de ce dispositif tenait à sa géométrie : le fort Saint-Pierre et le Fort Richelieu pouvaient croiser leurs tirs, verrouillant l’accès maritime à la ville, tandis que le sémaphore, en position de vigie sur le mont, donnait l’alerte à la moindre voile suspecte à l’horizon. Ce triangle défensif protégeait aussi bien l’entrée du port tout juste inauguré que le jeune quartier de la Marine qui commençait à s’y développer. Plus tard, l’essor du Môle Saint-Louis et de son phare, à l’autre extrémité du port, prolongera cette logique de surveillance et de signalisation maritime, mais avec une vocation civile cette fois.
Que reste-t-il de ce dispositif aujourd’hui ?
Depuis le sommet du Mont Saint-Clair, culminant à 183 mètres, le regard porte encore sur la citadelle de Richelieu, un souvenir tangible de cette histoire militaire qui a façonné la silhouette de Sète. D’autres vestiges de la même époque jalonnent le mont : la chapelle Notre-Dame de la Salette, bâtie plus tard, en 1861, à 110 mètres d’altitude, s’élève sur les ruines d’un fortin militaire du XVIIe siècle, preuve que tout ce versant fut, à l’origine, pensé comme un glacis défensif face à la Méditerranée. Le fort Saint-Pierre, lui, a connu une autre destinée : caserne, prison, puis hôpital, avant de devenir à partir de 1959 le célèbre Théâtre de la Mer, où se tient toujours chaque été une riche programmation de concerts et de festivals.
Prolonger la balade sur les hauteurs de Sète
Pour qui souhaite marcher dans les pas de ces sentinelles maritimes, le mont Saint-Clair se prête volontiers à la balade : direction la forêt des Pierres Blanches pour l’ascension en pinède, le Phare du Mont Saint-Clair pour prolonger l’histoire de la signalisation maritime jusqu’au XXe siècle, ou encore le cimetière marin, avec ses tombes blanches tournées vers le large. En contrebas, le Site Saint-Pierre, au pied même de l’ancien fort, invite à contempler aujourd’hui en toute tranquillité ce même horizon marin que surveillaient jadis le sémaphore et le Fort Richelieu ; et le Musée de la Mer permet de prolonger la découverte de l’histoire portuaire de Sète depuis le XVIIIe siècle.








