Un classement européen depuis 2012
Depuis 2012, la lagune de Thau et ses abords bénéficient du classement Natura 2000, le réseau des sites naturels les plus remarquables de l’Union européenne, retenus pour la rareté ou la fragilité des espèces et des habitats qu’ils abritent. Le périmètre du site Natura 2000 de l’étang de Thau couvre 8320 hectares, dont 7000 hectares de lagune proprement dite, le reste se partageant entre dunes, marais, anciens salins et zones humides littorales. Neuf communes du bassin sont concernées par ce périmètre : Balaruc-les-Bains, Balaruc-le-Vieux, Bouzigues, Frontignan, Loupian, Marseillan, Mèze, Sète et Poussan.
Ce classement est bien distinct du site Natura 2000 de la Plaine de Villeveyrac-Montagnac (5500 hectares, plus au nord, dédié aux milieux agricoles et de garrigue) et de la réserve naturelle du Bagnas, à Marseillan, ou du massif de la Gardiole : ici, c’est la lagune elle-même, son plan d’eau et sa frange terrestre, qui a motivé le classement européen.
Ce que le classement protège
Le patrimoine naturel qui a justifié ce classement est double : terrestre et sous-marin. Depuis 2012, 15 espèces d’oiseaux et 19 habitats naturels font l’objet d’une protection rapprochée sur le site. Les espaces terrestres, entre dunes, anciens salins et zones humides, offrent des conditions privilégiées pour la nidification de nombreux oiseaux, notamment sur les bancs de sable appelés « tocs de Thau », où plus de 600 nids ont été recensés lors d’une récente saison. Des dispositifs de balisage et des panneaux d’information, posés en partenariat avec la ville de Sète, invitent les usagers à garder leurs distances pendant les périodes de reproduction, un sujet suivi de près dans notre article sur la vigilance sur la lagune et le lido de Thau.
Les herbiers de zostère, une richesse sous-marine
Sous la surface, la lagune recèle l’un des plus vastes herbiers de zostère des côtes languedociennes : environ 2400 hectares, soit près de 15% de la surface totale de l’étang. Ces plantes marines, à ne pas confondre avec des algues, jouent un rôle écologique de premier plan : elles oxygènent l’eau par photosynthèse, fixent les sédiments, limitent l’érosion et filtrent les particules en suspension. Elles constituent aussi une nurserie précieuse pour de nombreuses espèces, dont l’hippocampe moucheté, la syngnathe ou la daurade royale. C’est en grande partie la richesse de cet écosystème sous-marin qui explique le classement Natura 2000 de la lagune.
Un site géré, pas mis sous cloche
Loin d’une simple mise sous cloche, l’animation du site Natura 2000 de l’étang de Thau repose sur le volontariat et la concertation. Un comité de pilotage, désigné par le préfet, réunit services de l’État, collectivités, usagers, fédérations et associations pour définir les objectifs de conservation et les mesures de gestion, mises en œuvre via des chartes et des contrats cofinancés par l’État français et l’Union européenne. Parmi les actions engagées depuis le premier programme d’actions de 2012 : campagnes de sensibilisation aux herbiers, restauration de zones humides, suivi ornithologique, soutien aux pratiques agricoles plus vertueuses et sensibilisation du public sur les plages. Ce travail de fond s’inscrit dans une dynamique plus large de préservation du territoire, dont témoigne aussi le label international obtenu par l’Archipel de Thau labellisé Green Destinations, qui rappelle que onze sites Natura 2000 et une aire marine protégée jalonnent le bassin.
Découvrir la lagune sans la déranger
Le classement Natura 2000 n’interdit pas de profiter de la lagune, il invite à le faire avec discernement. Plusieurs façons de la découvrir existent sans nuire à sa fragilité : une balade encadrée pour une visite de l’étang de Thau, une sortie en mer via une promenade en bateau sur l’étang de Thau, ou encore une immersion pédagogique grâce au Musée de l’Étang de Thau à Bouzigues, qui retrace l’histoire des pêcheurs et conchyliculteurs du bassin. À Mèze, le sentier sous-marin permet d’observer sans plonger la biodiversité qui peuple les herbiers. Les amateurs de pêche dans l’étang de Thau profitent eux aussi de ce plan d’eau protégé, tout comme ceux qui préfèrent simplement une balade au bord de l’eau via Étang de Thau Tourisme. Bonne pratique commune à toutes ces activités : rester à distance des zones de nidification balisées et respecter les consignes affichées sur les plages, un réflexe qui vaut aussi plus au nord, où les intempéries ont récemment fragilisé la digue des salins de Frontignan, autre secteur sensible du littoral thaurain. La qualité de l’eau elle-même fait l’objet d’un suivi constant, comme le montre notre article sur la qualité des eaux de l’étang de Thau.







