Chaque été, Sète change de dimension. La ville d’environ 43 000 habitants devient l’une des scènes musicales les plus denses du littoral méditerranéen : musiques du monde, jazz, électro, rap, chanson française s’y succèdent de juin à la fin de l’été, dans les rues, sur les plages et surtout dans un amphithéâtre unique posé face à la mer. Ce phénomène n’est pas un hasard de calendrier : c’est une identité culturelle construite sur plusieurs décennies, que résume bien le panorama des festivals à Sète.
Le Théâtre de la Mer, l’écrin qui a tout changé
Impossible de raconter les festivals sétois sans commencer par leur décor commun : le Théâtre de la Mer Jean Vilar, amphithéâtre à ciel ouvert aménagé dans l’ancien fort Saint-Pierre, sur la promenade Maréchal Leclerc. La scène y tourne le dos à la Méditerranée : le public assiste aux concerts avec la mer, les bateaux et parfois la lune en toile de fond. Beaucoup d’artistes le décrivent comme l’une des plus belles salles de plein air qui soient, et c’est ce cadre qui a attiré puis fidélisé les grands festivals de la ville. La programmation du Théâtre de la Mer concentre chaque saison l’essentiel des rendez-vous musicaux, du jazz au hip-hop, en passant par le cinéma en plein air. Détail très sétois : on peut rejoindre les concerts par l’eau, grâce à la navette fluviale gratuite qui relie le centre-ville aux abords du théâtre les soirs de spectacle.
Jazz à Sète, le pionnier
Le plus ancien des grands festivals musicaux sétois est né de la passion d’un homme, le guitariste Louis Martinez, qui organisa d’abord de simples soirées de concerts au Théâtre de la Mer avant d’en faire un festival à part entière à la fin des années 1980. Des légendes comme Ray Charles ou Dee Dee Bridgewater s’y sont produites dès les premières années, puis le festival a été relancé en 1996 avec la création de l’association Jazz à Sète et le soutien de la ville. Depuis, chaque mi-juillet, Jazz à Sète convoque les grands noms du jazz et les talents émergents pour une semaine où se croisent blues, funk, électro et hip-hop, comme le montre le programme de l’édition à venir de Jazz à Sète.
Fiest’A Sète, les musiques du monde en partage
Fiest’A Sète est l’autre grand classique de l’été. Depuis la fin des années 1990, ce festival de musiques du monde réunit fin juillet et début août des artistes venus de tous les continents : on y a entendu Chucho Valdés, Oumou Sangaré, Fatoumata Diawara ou Ballaké Sissoko. Sa singularité tient à sa formule en deux temps : des soirées payantes au Théâtre de la Mer, précédées d’escales musicales gratuites qui essaiment autour du bassin de Thau, de Poussan à Marseillan en passant par Balaruc-les-Bains, la médiathèque Mitterrand ou la plage de la Ola. Le détail des concerts figure sur la page du festival Fiest’A Sète.
Le Worldwide Festival, quand la ville entière devient scène
Créé par le DJ et producteur britannique Gilles Peterson, le Worldwide Festival a fait de Sète, chaque début juillet, un rendez-vous international des musiques électroniques et des sons du monde. Sa recette est unique : la fête commence le matin dans les cafés, se poursuit l’après-midi sur la plage et s’achève le soir au Théâtre de la Mer, avant des soirées qui se prolongent dans des lieux comme Le Dancing, sur le quai des Moulins. Un public venu de toute l’Europe suit ce rythme balnéaire pendant une semaine, faisant du festival une vitrine mondiale de la ville.
Demi Festival et Fernande, deux enfants du pays
Deux festivals plus récents illustrent l’ancrage local de cette effervescence. Le Demi Festival, fondé en 2016 par le rappeur sétois Demi Portion, est devenu l’un des grands rassemblements du rap indépendant français : début août, trois soirées au Théâtre de la Mer, des concerts gratuits en centre-ville, du graffiti et des open mics défendent une vision artisanale et solidaire du hip-hop. L’artiste se produit d’ailleurs aussi hors festival, comme au Théâtre Molière, la scène nationale de la ville. En juin, le festival Quand je pense à Fernande ouvre la saison estivale avec la chanson française sous toutes ses formes, dans un esprit volontiers impertinent qui revendique l’héritage de Georges Brassens. Le titre même du festival est un clin d’œil à l’une de ses chansons, et l’automne sétois prolonge cet hommage avec des rendez-vous entièrement dédiés à son répertoire. Pour comprendre ce lien charnel entre la ville et son poète, la visite de l’Espace Georges Brassens s’impose.
Une ville en musique bien au-delà des festivals
Entre deux grands rendez-vous, la musique ne quitte jamais vraiment Sète. Début juin, le K-Live marie arts urbains et concerts de musiques actuelles dans les rues et au Théâtre de la Mer, enrichissant chaque année le musée à ciel ouvert de la ville. Le 21 juin, la Fête de la Musique transforme bars, quais et places en scènes improvisées. Et autour de l’étang, les communes du bassin de Thau prennent le relais, à l’image du Festival de Thau à Mèze qui fait vibrer le territoire depuis plus de trente ans. Côté pratique, mieux vaut réserver tôt : les billetteries des grands festivals ouvrent au printemps et les soirées les plus attendues affichent vite complet. Les soirs de concert, laissez la voiture au parking gratuit du Mas Coulet et rejoignez le Théâtre de la Mer en navette fluviale : c’est gratuit, régulier, et l’arrivée par l’eau fait déjà partie du spectacle.






