La Pointe Courte, village de pêcheurs de Sète

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À l’entrée de l’étang de Thau, juste après les voies ferrées qui séparent le quartier du centre-ville, la Pointe Courte est sans doute le coin de Sète qui a le moins changé. Cabanons de pêcheurs, filets qui sèchent le long des quais, barques amarrées à quelques mètres des maisons : ce bout de terre gagné sur la lagune vit encore au rythme de la pêche. Notre fiche du quartier de la Pointe Courte le décrit comme un joyau authentique de la ville, et c’est exactement l’impression que laisse une première visite.

Un village dans la ville

La Pointe Courte est souvent qualifiée de village dans la ville. À l’écart de l’agitation du centre, le quartier déroule ses ruelles labyrinthiques bordées de maisons basses colorées, ses cabanons et ses quais où les pêcheurs réparent leurs filets. Les noms des traverses racontent à eux seuls la vie locale : traverse des jouteurs, traverse des rameurs, rue de la pétanque. Tout ici parle de joutes, de barques et de parties disputées à l’ombre, un condensé de culture sétoise que l’on retrouve dans les grandes fêtes de la ville comme la Saint-Louis, dont les tournois de joutes perpétuent une tradition née avec la fondation du port en 1666.

Parmi les quartiers de Sète, la Pointe Courte occupe une place à part : c’est le plus photographié, le plus raconté, et pourtant l’un des plus discrets. On le découvre à pied, en prenant le temps, et en respectant la tranquillité de ses habitants, car on traverse ici un lieu de vie avant tout.

Une histoire née du rail et de la lagune

Le quartier est étonnamment récent à l’échelle de la ville. Il naît au milieu du XIXe siècle, lorsque les travaux de remblaiement liés à l’arrivée du chemin de fer à Sète créent une bande de terre en bordure de l’étang de Thau. Les pêcheurs de la lagune s’y installent rapidement pour y bâtir leurs cabanons, à deux pas de leurs barques et de leurs filets. Sète, fondée au XVIIe siècle, vivait déjà de la mer ; la Pointe Courte devient le poste avancé de la pêche en étang, quand le port et sa criée regardent vers la Méditerranée.

Juste en face, de l’autre côté du canal, s’étend le quartier de la Plagette, dit aussi la Pointe Longue, son jumeau au caractère tout aussi maritime. On y trouve la station de biologie marine, un beau bâtiment inauguré en 1896, aujourd’hui rattaché à l’université de Montpellier, qui observe la lagune de Thau et l’avant-côte sétoise. Ce face-à-face entre cabanes de pêcheurs et laboratoire scientifique résume bien le destin de la lagune, à la fois terrain de travail et objet d’étude.

Les pointus, une communauté à part

Les habitants de la Pointe Courte se surnomment les pointus. Cette communauté de pêcheurs de l’étang a forgé une identité forte et attachante, faite d’entraide, de fêtes de quartier et d’un attachement farouche à ses cabanons. La pêche y reste une activité bien vivante : à l’automne, lors de la saison de la daurade en octobre, des centaines de pêcheurs se rassemblent le long du canal, une scène spectaculaire qui attire les curieux de toute la ville. Pour comprendre cette culture de la lagune, la pêche sur l’étang de Thau mérite un chapitre à elle seule : plus de 7 500 hectares d’eau où se croisent daurades royales, loups, soles et seiches.

Cette tradition s’inscrit dans une histoire plus large : depuis plus de trois siècles, le territoire vit avec la mer, des premiers ports à l’arrivée des pêcheurs italiens puis au développement de la criée sétoise. Le poisson débarqué se retrouve chaque matin aux halles et sur les étals, comme le rappellent nos bonnes adresses du marché aux poissons de Sète.

Agnès Varda et le quartier devenu cinéma

La notoriété de la Pointe Courte doit beaucoup au cinéma. C’est ici qu’Agnès Varda, qui entretenait un lien personnel fort avec le quartier, a tourné son film éponyme au milieu des années 1950, une œuvre souvent présentée par les historiens du cinéma comme annonciatrice de la Nouvelle Vague. La cinéaste y filme les cabanes, les filets, les chats sur les quais et la vie des familles de pêcheurs, entrelacée avec l’histoire d’un couple venu de la ville. Le film a immortalisé le quartier et contribué à faire connaître son charme bien au-delà de Sète : aujourd’hui encore, les visiteurs viennent chercher les décors restés presque intacts.

Ce lien entre Sète et l’image ne s’est jamais démenti, et le patrimoine maritime qui a tant inspiré Varda se prolonge au Musée de la Mer, où sont notamment conservés les pavois des vainqueurs des tournois de joutes.

Visiter la Pointe Courte aujourd’hui

La Pointe Courte se découvre à pied, en flânant sans itinéraire précis entre les quais, les cabanons et les ruelles. Le quartier ne compte qu’un seul restaurant, Le Passage, installé sur le quai d’entrée de l’étang de Thau avec sa terrasse au bord de l’eau, où l’on sert seiches à la plancha, fritures d’encornets et autres spécialités régionales grillées sur le quai. C’est l’étape idéale pour prolonger la balade.

Le contraste est saisissant avec le quartier de la Marine et ses quais animés du Vieux Port, à quelques minutes de là : d’un côté l’effervescence des terrasses et de la criée, de l’autre le silence des filets qui sèchent. C’est précisément ce qui fait le prix de la Pointe Courte : un morceau de Sète resté fidèle à lui-même, entre lagune et chemin de fer, où l’on mesure ce que la ville doit à ses pêcheurs.

Question fréquemment posées

La Pointe Courte est un quartier situé à l’entrée de l’étang de Thau, juste derrière les voies ferrées qui le séparent du centre-ville de Sète, autour du quai du Mistral. Le quartier de la Plagette lui fait face de l’autre côté du canal.
C’est le surnom traditionnel des habitants du quartier, une communauté de pêcheurs de l’étang de Thau qui a forgé une identité forte autour de ses cabanons, de ses barques et de ses fêtes de quartier.
Le film éponyme d’Agnès Varda, tourné dans le quartier au milieu des années 1950. La cinéaste, très attachée au lieu, y a filmé la vie des familles de pêcheurs ; l’œuvre est souvent citée comme annonciatrice de la Nouvelle Vague.
Oui, le quartier se découvre librement et idéalement à pied. C’est un lieu de vie avant tout : on flâne le long des quais et des cabanons en respectant la tranquillité des habitants. En octobre, la saison de la daurade rassemble de nombreux pêcheurs le long du canal.

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