Une plateforme dédiée aux métiers de la mer
Entre le port de commerce et le port de pêche, la zone d’activités halieutiques de Sète-Frontignan forme un espace à part, méconnu des visiteurs mais essentiel à toute la filière des produits de la mer du bassin de Thau. Sur 18 hectares gagnés en partie sur la mer, elle regroupe les entreprises qui font vivre le poisson et le coquillage locaux avant qu’ils n’arrivent sur les étals : conchyliculteurs, mareyeurs, conserveurs, aquaculteurs, pêcheurs et sociétés de fret logistique froid. Les parcelles aménagées, de 3 000 à 33 500 m², permettent à ces métiers complémentaires de travailler côte à côte, dans un même bassin d’activité tourné vers la mer.
Une histoire portée par les pêcheurs eux-mêmes
La zone naît en 1982 à l’initiative des pêcheurs sétois, qui font construire une centrale frigorifique pour conserver le produit de leur pêche. En 1991, une extension de terre-pleins gagnés sur la mer voit le jour pour accueillir les acteurs de la filière halieutique et soutenir la production de coquillages en mer : c’est à ce moment qu’une canalisation est installée pour alimenter le site en eau de mer brute, un atout décisif pour les ostréiculteurs et conchyliculteurs qui s’y installent. La zone connaît ensuite une réhabilitation complète en 2015, avec un nouveau quai d’accostage de 120 mètres, un système de vidéosurveillance et des portails sécurisés, des parkings et des aménagements paysagers repensés.
Une position stratégique entre criée et grands axes méditerranéens
La zone halieutique doit beaucoup à sa localisation, au cœur du réseau portuaire de Sète-Frontignan. Elle se trouve à proximité immédiate du port de commerce, avec ses lignes maritimes régulières vers l’Afrique et ses 42 kilomètres de voies ferrées, mais aussi du port de pêche, port historique de Méditerranée, et de sa criée aux poissons de Sète, première criée d’Europe informatisée dès 1967. Chaque jour, une cinquantaine d’acheteurs, mareyeurs, courtiers et poissonniers détaillants, viennent y enchérir sur les lots débarqués par les chalutiers et les petits métiers sétois. Cette proximité immédiate entre lieu de production, de vente aux enchères et de logistique froide explique pourquoi la zone halieutique attire naturellement les entreprises de la filière mer.
Le cœur de la filière conchylicole du bassin de Thau
Si le poisson de la criée passe par cette zone technique avant de rejoindre les étals, les coquillages du bassin de Thau suivent un chemin parallèle, tout aussi structuré. Les conchyliculteurs qui exploitent l’étang, souvent installés eux-mêmes sur des zones dédiées comme celle de la conchyliculture Conchy’Thau dans le quartier du Barrou, vendent en circuit court directement au consommateur. Pour comprendre l’ampleur de cette tradition, née à Bouzigues à partir de 1925, le Musée de l’Étang de Thau à Bouzigues retrace les gestes et les outils des pêcheurs et conchyliculteurs qui ont façonné l’économie du bassin.
Où retrouver ces produits une fois sortis de la zone
Le poisson passé en criée et les coquillages issus de l’étang se retrouvent ensuite dans les commerces du centre-ville et sur les étals des Halles de Sète, chez des poissonniers comme Piscatores Poissonnerie, ou au stand Huîtres-Bouzigues, tenu par des producteurs directs de l’étang de Thau. À deux pas de la criée, le quartier de La Marine permet aux visiteurs d’observer l’arrivée des bateaux et l’animation du port de pêche vivant. Pour les curieux qui veulent s’essayer eux-mêmes à la pêche dans l’étang, des structures comme SeteFishing proposent des sorties encadrées, dans le respect des quotas et de la réglementation qui protègent aujourd’hui la ressource, notamment celle du thon rouge.
Une zone technique, pas un lieu de visite
Contrairement au port de pêche et à sa criée, la zone halieutique de Sète-Frontignan reste avant tout un outil de travail, géré par l’établissement Port Sud de France qui attribue les lots par convention d’occupation longue durée. Elle n’est pas conçue pour l’accueil du public, mais elle explique en grande partie pourquoi Sète reste aujourd’hui un port de pêche actif et pourquoi le bassin de Thau conserve une production conchylicole vivante, plutôt qu’une simple carte postale du passé maritime.






