Un territoire qui a choisi de nourrir avant de vendre
Le Projet Alimentaire Territorial (PAT) Sète-Agde-Méditerranée est né d’une conviction simple : sur le bassin de Thau, l’alimentation ne peut pas rester un sujet secondaire face au tourisme et à l’urbanisation. Porté par le Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT), ce PAT couvre un large périmètre englobant Sète Agglopôle Méditerranée et la Communauté d’Agglomération Hérault Méditerranée. Il a été désigné lauréat en avril 2021 de l’appel à projet du Programme National de l’Alimentation, une reconnaissance nationale pour une démarche pensée collectivement avec producteurs, transformateurs, distributeurs, citoyens, collectivités et instituts de recherche.
Trois enjeux structurent la feuille de route : renforcer le lien entre la terre et la mer, deux mondes qui se côtoient sans toujours se parler sur ce territoire à la fois viticole et lagunaire ; générer une solidarité alimentaire de territoire ; et augmenter la résilience face au changement climatique. Le contenu du PAT a ensuite été affiné lors d’une grande concertation menée en 2022 et 2023, avec douze commissions thématiques qui ont abouti à trente-trois fiches-actions présentées au comité de pilotage à l’été 2024.
Quatre axes pour structurer l’alimentation de demain
La feuille de route du PAT s’articule autour de quatre axes complémentaires. D’abord, renforcer le patrimoine alimentaire en préservant les espaces agricoles et en diversifiant les productions locales. Ensuite, structurer la chaîne alimentaire de territoire, de la production jusqu’au consommateur final, en développant les circuits courts et les moyens logistiques de transformation. Le troisième axe prône une gestion environnementale ambitieuse, intégrant l’agroécologie et un accès raisonné à la ressource en eau. Enfin, le PAT vise à réduire la précarité alimentaire en rendant les produits de qualité accessibles à tous, via l’éducation, la lutte contre le gaspillage et le soutien aux initiatives existantes comme les jardins partagés.
Avant même la finalisation complète du plan, certaines actions ont déjà bénéficié de financements publics conséquents, notamment via le Contrat de plan État-Région (CPER), avec une enveloppe de dix millions d’euros mobilisée à l’échelle de l’Occitanie en 2021 pour amorcer plusieurs projets sur le territoire de Thau.
Biodiv’eau, quand les vignerons deviennent gardiens de la biodiversité
Le dispositif Biodiv’eau, lancé en 2012, illustre concrètement ce que peut être une agriculture nourricière et respectueuse à la fois. Porté par le SMBT en partenariat avec la Chambre d’Agriculture de l’Hérault et le Conservatoire des Espaces Naturels d’Occitanie, il accompagne les exploitants agricoles, en particulier les vignerons, pour mieux connaître et développer la faune et la flore abritées dans leurs parcelles, tout en améliorant la qualité de l’eau. Le secteur expérimental choisi pour ce premier groupe est le site Natura 2000 de la plaine de Villeveyrac-Montagnac.
Concrètement, le dispositif propose une formation, un diagnostic personnalisé de la biodiversité de l’exploitation, des conseils de gestion et des aides financières pour certains aménagements. Haies, fossés, mares temporaires, arbres isolés, bandes enherbées et murets deviennent ainsi des infrastructures agro-écologiques à part entière, refuges pour les oiseaux, insectes, reptiles et amphibiens qui, en retour, deviennent de véritables alliés des cultures. Depuis 2012, pas moins de 165 diagnostics écologiques ont été réalisés sur une surface totale de 5200 hectares, et la majorité des vignerons engagés dans le programme ont déjà constaté une amélioration mesurable de la biodiversité sur leurs parcelles.
Des circuits courts qui prennent racine au quotidien
Le PAT ne se limite pas à des études : il irrigue déjà la vie quotidienne du territoire. La plateforme de référencement BoCal, portée par la Métropole de Montpellier en partenariat avec les territoires voisins dont Thau, vise à recenser tous les points de vente à la ferme, circuits courts et boutiques de producteurs. À Marseillan, le Foodlab, ce tiers-lieu alimentaire porté par la commune et installé dans le Jardin de la Capéchade, a par exemple accueilli en avril 2026 le Marché de Producteurs et Artisans de la Capéchade, où producteurs du bassin de Thau et habitants se retrouvent autour de fruits, légumes, pain artisanal et produits bio.
Cette dynamique de vente directe se retrouve chaque été dans les marchés de producteurs de Sète Agglopôle, réservés exclusivement aux producteurs sans intermédiaire, ainsi que dans les Estivales de Thau, ces soirées estivales où vins, muscats, huîtres et produits du terroir se dégustent au fil des communes du bassin. Un article du Département de l’Hérault, Consommons Local à Sète, rappelle d’ailleurs que viticulture, conchyliculture et maraîchage sont autant de filières soutenues financièrement pour encourager les habitants à acheter local.
À Sète et à Mèze, une agriculture nourricière visible sur les étals
Pas besoin d’attendre les grandes fiches-actions du PAT pour goûter à cette agriculture nourricière : elle se vit chaque semaine dans les étals du bassin de Thau. Aux Halles de Sète, plusieurs commerces incarnent ce lien direct entre producteur et consommateur, comme La Clé des Champs, dont les fruits et légumes proviennent directement des cultures du producteur à Vic-la-Gardiole, ou encore Quartier Bio, seul stand entièrement certifié Agriculture Biologique des Halles. La Boucherie BIO Chez Hervé & Mady pousse la même logique jusqu’à la viande, avec des circuits ultra-courts reliant directement des éleveurs de l’Aveyron, du Tarn et de la Lozère.
Chaque lundi matin, le Marché Île de Thau réunit à son tour producteurs et habitants place Marius Bonneton, tandis que le bon plan Magasin bio à Sète recense les adresses où trouver une alimentation bio proche des petits producteurs. Du côté de la vigne, le Domaine du Mas Rouge, à Vic-la-Gardiole, illustre cette même volonté de vente directe autour du muscat et des produits locaux. Enfin, à Mèze, ville lagunaire au cœur du PAT, l’article Les coquillages de Thau sont de retour ! rappelle que soutenir les producteurs locaux passe aussi par les huîtres et les moules de l’étang, cette autre facette, maritime, de l’agriculture nourricière du bassin de Thau.










