Un quartier né des pêcheurs napolitains
Perché sur les premières pentes du mont Saint-Clair, dominant le port et la mer, le Quartier Haut est le plus ancien quartier de Sète. Les Sétois l’appellent aussi « Lo Quartier Naut » en occitan, mais c’est un autre surnom qui a traversé les générations : le Petit Naples. Ce nom raconte à lui seul l’histoire du lieu. Lorsque Louis XIV décide de créer un port de Méditerranée à partir de rien, à la fin du XVIIe siècle, il faut une main-d’œuvre expérimentée pour bâtir les jetées et pêcher au large. Des familles entières de pêcheurs italiens, originaires notamment de Gaète et de Cetara, sur les côtes napolitaines, viennent alors s’installer sur ce promontoire rocheux qui domine le futur port. Elles y apportent leur langue, leurs recettes et leur façon d’habiter la pente, si bien que le quartier tout entier en garde encore l’empreinte, dans son plan comme dans son ambiance.
La Grande Rue Haute, colonne vertébrale du quartier
L’artère qui structure le Quartier Haut porte un nom qui dit bien son ancienneté : la Grande Rue Haute, considérée comme la toute première rue de Sète, construite dès l’origine de la ville à partir de la pierre extraite des carrières locales. Elle serpente entre des maisons étroites et colorées, serrées les unes contre les autres à la manière des villages du sud de l’Italie, et distribue tout un lacis de ruelles pittoresques qui grimpent vers le sommet du mont. On y croise des terrasses vivantes où se mêlent habitants de toujours et visiteurs de passage, dans une atmosphère que beaucoup comparent à une dolce vita méditerranéenne. C’est aussi dans ces ruelles que se niche la Place de l’Hospitalet, accessible depuis le port par la rue « Rompe-Cul », dont le nom rend hommage au premier hôpital Saint-Charles construit sur ce site en 1693.
Un repaire d’artistes, entre ateliers et chapelle-galerie
Le Quartier Haut a toujours eu la réputation d’être le repaire des artistes de la ville, et il regorge encore aujourd’hui d’ateliers intimistes nichés dans ses ruelles pentues. Cette vocation culturelle s’incarne particulièrement dans la Chapelle du Quartier Haut, rue Borne : cet ancien couvent des religieuses de Saint-Maur, qui accueillait dès 1728 l’éducation des jeunes filles pauvres du quartier, a été réhabilité par la ville en galerie municipale dédiée à l’art contemporain. Chaque printemps, l’École des beaux-arts de Sète y installe même son atelier « Hors Situ ». Non loin, sur les quais, la Salle des escaliers de la Macaronade prolonge cette dynamique en offrant un espace d’exposition aux artistes professionnels comme aux amateurs. Le quartier a aussi vu grandir des peintres devenus célèbres, et ses murs continuent de porter les traces du mouvement du street-art qui a transformé Sète en musée à ciel ouvert au fil des éditions du festival K-Live.
La Mama de Di Rosa et la Décanale Saint-Louis
Deux œuvres résument à elles seules le double visage du quartier, entre patrimoine religieux et création contemporaine. En surplomb du port, la décanale Saint-Louis est surmontée de la Vierge Regina Maris, protectrice traditionnelle des marins sétois. Et sur la Place de l’Hospitalet, au cœur du quartier, trône depuis 1992 une statue bien plus inattendue : la « Mama », madone aux formes opulentes créée par l’artiste sétois Richard Di Rosa. Les murs alentour, y compris ceux du terrain de pétanque local, sont eux aussi couverts d’œuvres de street-art, ce qui fait de cette place un point de ralliement pour les amateurs d’art urbain autant que pour les habitants venus jouer aux boules.
Joutes, boules carrées et fête de la Saint-Louis
Le Quartier Haut n’est pas qu’un décor : c’est aussi un quartier qui vit ses traditions au quotidien. La Société de Joutes Languedociennes, dont le siège social se trouve dans le quartier, organise régulièrement des lotos en plein air, des repas et des soirées à thème sur la Place de l’Hospitalet. Et chaque année, lors de la grande fête populaire de la Saint-Louis, qui rassemble joutes languedociennes sur le canal royal, défilés et feux d’artifice, le quartier retrouve une autre tradition bien à lui : le tournoi de boules carrées, variante facétieuse et conviviale de la pétanque où le hasard des rebonds fait tout le sel de la partie. C’est aussi l’occasion de se régaler des spécialités qui ont grandi avec le quartier, à commencer par la macaronade, plat de pâtes en sauce hérité de la cuisine italienne des premiers arrivants, et la tielle, tourte au poulpe qui reste l’une des spécialités les plus identifiables de Sète.
Le Quartier Haut face aux autres quartiers de Sète
Sète se découvre par quartiers, et chacun raconte une part différente de son histoire de ville-port. Là où le Quartier Haut porte la mémoire de l’immigration italienne et de la pierre des origines, le Quartier de la Pointe Courte conserve l’âme des cabanons de pêcheurs installés au bord de l’étang de Thau à partir du XIXe siècle, et le Quartier de la Marine, autour du Vieux Port, concentre l’animation des restaurants et des terrasses face aux bateaux. Le Centre-ville de Sète, avec ses places et ses rues piétonnes, complète ce tableau des quartiers sétois. Pour qui cherche à comprendre l’âme de la ville, une montée jusqu’au Quartier Haut, entre chapelle-galerie, ateliers d’artistes et statue de la Mama, reste un passage obligé.










