La pêche et les métiers de la mer à Thau

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Autour de l’étang de Thau, la mer n’est pas un décor : c’est un métier, une mémoire et une manière de vivre. De la lagune intérieure aux campagnes en haute mer, la pêche façonne depuis des siècles le paysage, la table et le calendrier des habitants. Ce dossier réunit ce que l’on sait de cette culture halieutique vivante, entre le vieux bassin de Sète, les ports de lagune de Mèze et de Bouzigues, et les grandes campagnes thonières qui partent vers le large.

Sète, un grand port de pêche de Méditerranée

L’histoire commence avec une décision royale. Quand Louis XIV lance au XVIIe siècle la création d’un port destiné à relier le canal du Midi à la Méditerranée, personne n’imagine encore l’ampleur que prendra l’activité de pêche à Sète. La construction démarre par le môle Saint-Louis, la jetée qui abrite l’entrée du vieux bassin. Protégé du mistral par le mont Saint-Clair, le site offre un mouillage naturel où les bateaux de pêche s’amarrent depuis toujours.

Aujourd’hui encore, le retour des chalutiers en fin de journée reste un spectacle que l’on vient contempler depuis la promenade qui surplombe le port. À la flotte de chalutiers et de petits métiers qui rentrent le jour même s’ajoutent des thoniers senneurs qui partent en campagne au large chaque fin de printemps. Le cœur battant de cette activité, on le découvre en flânant dans le quartier de la Marine, berceau maritime de la ville, où il est fort probable que le poisson servi dans l’assiette ait été débarqué le matin même.

La criée, un théâtre d’enchères descendantes

À proximité des quais, la criée aux poissons de Sète concentre toute cette énergie. Chaque après-midi, les marins-pêcheurs y ramènent leurs prises. Les enchères, autrefois lancées à la voix et à main levée, se déroulent désormais via un système électronique d’enchères hollandaises, dites descendantes, avec écrans pour le vendeur et boutons d’achat pour les acheteurs. Ce dispositif est accessible à distance : un acheteur connecté peut enchérir en temps réel.

Marché exclusivement professionnel, la criée propose une grande diversité d’espèces : lotte, rouget, capelan, poulpe, daurade, sardine, anchois, sans oublier les loups, muges, encornets et crevettes roses. À noter, une règle qui surprend souvent les visiteurs : la vente directe par les pêcheurs est encadrée, l’essentiel du poisson passant par la criée, qui assure traçabilité et contrôle sanitaire, avant de rejoindre les étals des poissonniers et des halles.

La lagune et ses petits métiers

Bien avant le grand port, la pêche vivait déjà dans la lagune. Les populations riveraines y pêchaient et ramassaient les coquillages sur les bancs naturels depuis l’Antiquité. Ce sont les petits métiers qui perpétuent aujourd’hui cette pêche artisanale, souvent transmise de génération en génération. Contrairement aux chalutiers, ces embarcations sortent quotidiennement, tôt le matin, et rentrent en matinée avec loups, daurades, mulets et anguilles selon les saisons et les migrations.

À Mèze, au pied de la vieille ville, le port des Nacelles tire son nom des barques traditionnelles de l’étang : on y trouve davantage de petits métiers l’été que l’hiver. Chaque technique porte un nom occitan qui témoigne de son ancrage. La capéchade est un filet calé dans l’étang, composé de plusieurs nappes ; le ganguy, ou filet bœuf, était tiré par deux embarcations pour rabattre le poisson vers une poche ; le palangre, ligne mère garnie d’hameçons appâtés, permet une pêche sélective ; les nasses en osier piègent crabes, poulpes et anguilles. À l’automne, la migration des daurades qui quittent l’étang pour la mer donne lieu, dans le quartier sétois de la Pointe Courte, à une tradition ancestrale de pose de filets, moment fort de convivialité et de transmission.

L’anguille, l’or gris et une ressource fragile

La lagune de Thau abrite deux activités qui se partagent le plan d’eau depuis longtemps : la pêche et la conchyliculture. Les tables à huîtres occupent les zones les plus adaptées tandis que les pêcheurs travaillent en périphérie, une cohabitation qui demande respect et concertation. Cet équilibre est aujourd’hui sous tension. Le nombre de pêcheurs professionnels de la lagune a fortement diminué au fil des décennies, et certaines ressources se raréfient. L’anguille, longtemps emblématique de l’étang, est désormais une espèce menacée. La palourde, cet « or gris » que l’on ramassait autrefois en abondance, se fait plus rare.

Face à cela, scientifiques et pêcheurs mènent des opérations de réensemencement pour reconstituer les stocks, tandis que la modernisation de la flotte s’oriente vers des bateaux plus respectueux de l’environnement. Certaines espèces posent aussi des problèmes de cohabitation : la daurade royale, affamée quand elle rentre dans l’étang au printemps après sa reproduction en mer, dévore huîtres et moules accrochées aux cordes des ostréiculteurs, qui protègent leurs tables avec des filets.

Les origines italiennes et l’évolution des techniques

La pêche sétoise doit beaucoup aux apports venus d’ailleurs. Des Provençaux et des Italiens introduisent au fil du temps les techniques de pêche au thon, que les Sétois s’approprient et développent, notamment la pêche au filet flottant pour capturer sardines, maquereaux et thons. Apparaît ensuite la pêche au « bœuf », deux bateaux tirant ensemble un filet ganguy ; face aux abus, le chalutage évolue vers une pratique individuelle.

Ces hommes ne sont pas venus par hasard. À Gaète et à Cetara, les deux ports d’où part l’essentiel de l’émigration vers Sète à partir de 1860, la pêche et la salaison de l’anchois faisaient vivre les familles, et l’anchois comme le sel avaient déserté la mer Tyrrhénienne. Les pêcheurs ont suivi la ressource jusqu’ici, où elle abondait. Notre wiki du Quartier Haut raconte leur installation et l’accueil qui leur fut réservé.

Une nouvelle vague transforme les méthodes au XXe siècle : l’arrivée de rapatriés d’Afrique du Nord modernise le chalutage, et des pêcheurs italiens venus de Cetara, en Campanie, s’installent à Sète en apportant leur savoir-faire sur l’anchois. Cette histoire d’échanges se lit encore sur les étals des Halles de Sète, où les produits de la mer côtoient les délices importés par la communauté italienne de la ville.

De la mer à l’assiette, le circuit ultra-court

La force du territoire tient à la proximité entre le bateau et l’étal. Aux Halles de Sète, de nombreux commerçants proposent poissons et coquillages fraîchement débarqués. On y trouve des poissonneries de famille où les vendeurs travaillent main dans la main avec des pêcheurs professionnels, l’étal étant approvisionné chaque matin par les bateaux locaux. À deux pas, d’autres poissonniers perpétuent le même exigeant circuit court, du thon rouge à la sole en passant par le poulpe et la daurade de l’étang.

Pour vivre la pêche autrement, plusieurs formules existent : des sorties en mer permettent de s’initier à une pêche durable et responsable, où l’on cible daurade, loup, muge, sardines ou thons selon la saison.

La Saint-Pierre, ferveur des gens de mer

La mer imprègne aussi le calendrier des fêtes, et il importe ici de ne pas confondre deux célébrations. La Saint-Louis, en août, honore le roi fondateur du port et rythme la ville de ses tournois de joutes, spectacles de rue et bodegas. La Saint-Pierre, elle, est la fête des pêcheurs : saint Pierre est le saint patron des marins et des pêcheurs, et sa fête leur rend un hommage émouvant.

La journée mêle traditionnellement une procession, une cérémonie en mémoire des marins et pêcheurs disparus, puis un rassemblement en mer où des bateaux patientent tandis que des gerbes de fleurs sont déposées sur l’eau. Cette ferveur se retrouve, à des degrés divers, autour du vieux port et du quartier de la Marine à Sète, mais aussi du côté de Mèze et de Bouzigues.

Comprendre et transmettre ce patrimoine

Deux musées prolongent cette immersion. À Bouzigues, le Musée de l’Étang de Thau raconte la vie des pêcheurs et des conchyliculteurs à travers outils, maquettes de nacelles et aquariums d’espèces vivantes. À Sète, le Musée de la Mer, face à la Méditerranée, met en valeur une collection de maquettes de bateaux et l’histoire maritime de la ville, dont ses fameuses joutes.

Pour saisir la dimension contemporaine et régionale de ces métiers, la Maison Régionale de la Mer valorise le patrimoine maritime et les enjeux de la filière. Ensemble, criée, ports de lagune, poissonneries, fêtes et musées composent le portrait d’un territoire où la mer reste un métier vivant, entre tradition transmise et adaptation aux défis d’aujourd’hui.

Question fréquemment posées

Fondé sous Louis XIV pour relier le canal du Midi à la mer, le port de Sète a développé au fil des siècles une flotte de chalutiers, de petits métiers et de thoniers senneurs. Sa criée écoule chaque jour une grande diversité de poissons et de coquillages, ce qui en fait l’un des principaux ports de pêche de la façade méditerranéenne.
La vente est encadrée : l’essentiel du poisson passe par la criée de Sète, qui assure traçabilité et contrôle sanitaire. On achète ensuite du poisson frais aux Halles de Sète ou chez les poissonniers locaux, qui s’approvisionnent à la criée et auprès des bateaux du territoire.
Ce sont deux fêtes distinctes. La Saint-Pierre honore le saint patron des marins et des pêcheurs, avec une procession et un hommage en mer aux disparus. La Saint-Louis, en août, célèbre le roi fondateur du port et se distingue par ses grands tournois de joutes.
Ce sont des pêcheurs artisanaux, à Mèze et Bouzigues notamment, qui sortent quotidiennement tôt le matin avec des embarcations traditionnelles. Ils utilisent des techniques anciennes aux noms occitans, comme la capéchade, le ganguy, le palangre ou les nasses, pour capturer loups, daurades, muges et anguilles selon les saisons.

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